Par Annie Mapangou

«Une justice sous influence, c’est une démocratie en sursis. Si ce rempart cède, c’est l’édifice entier de nos libertés qui s’effondre»

Le Syndicat national des Magistrats du Gabon (SYNAMAG) s’est réuni en Assemblée générale de rentrée syndicale, ce jeudi 29 janvier 2026 dans la salle d’apparat du Tribunal de première instance de Libreville, en présence de ses membres.

Cette assemblée générale de rentrée syndicale s’est tenue en session ordinaire, conformément à l’article 11 de ses statuts. Cette entrevue marque l’ouverture officielle de l’agenda syndical du corps judiciaire pour l’année 2026.

Dans son discours d’ouverture solennel de la rentrée syndicale, le président de la SYNAMAG, Landry Abaga Essono a déclaré: « L’indépendance de la justice est un combat de tous les jours, un plébiscite quotidien. Elle exige des magistrats intègres, des avocats combatifs et des citoyens éclairés. Soyons les gardiens de ce temple. Car protéger l’indépendance du juge, c’est, en définitive, nous protéger nous-mêmes. Cependant, il existe un silence qui ne devrait pas exister en démocratie. C’est le silence de l’incompréhension qui s’est installé, année après année, entre le peuple gabonais et sa Justice. Nous sommes aussi réunis aujourd’hui pour parler de confiance. Ce mot, « confiance », vient du latin confidentia, qui signifie « avoir foi ». Or, posons-nous la question avec lucidité: le citoyen gabonais a-t-il encore foi en sa justice?»

Selon Landry Abaga Essono, les sondages le disent, mais les regards dans nos salles d’audience le crient plus fort encore: le pacte est fragilisé. Pour beaucoup, la Justice est devenue une machine lointaine, lente et, parlant une langue étrangère.

Poursuivant son propos, il a expliqué comment renouveler ce pacte qui n’est pas une option mais plutôt une urgence démocratique: « Voici comment nous devons rebâtir ce pont, pierre par pierre. Il faut d’abord avoir le courage de regarder la réalité en face. Pour le justiciable, entrer dans un tribunal, c’est souvent entrer dans un labyrinthe. Nos codes sont devenus illisibles à force d’inflation législative. Le temps judiciaire n’est pas le temps humain. Une décision qui arrive trois ans après le drame n’est plus une réparation, c’est parfois une seconde blessure. Nous parlons de conclusions, de dépens, de non-lieu. Mais le citoyen, lui, vient nous parler de sa vie, de sa peur, de ses enfants, de son emploi. »

« Il ne peut y avoir de confiance si la Justice est perçue comme une forteresse dont les juges sont les gardiens et les citoyens les spectateurs », a-t-il ajouté.

Dans son mot d’ouverture, il n’a pas manqué de soulevé le problème de la grève des Magistrat : « Depuis des années, nous alertons. Depuis des années, nous déposons des cahiers de doléances. Et qu’obtenons-nous? Des promesses sans lendemain ; des commissions techniques qui n’accouchent de rien ; des solutions cosmétiques, ponctuelles, destinées à calmer la grogne sociale plutôt qu’à soigner le mal.»

C’est dans ce cadre que la SYNAMAG indique : «Nous dénonçons aujourd’hui avec la dernière énergie l’incapacité du gouvernement à proposer des solutions durables. L’autonomie financière des juridictions reste un vœu pieux. L’application intégrale du statut des magistrats est constamment repoussée aux calendes grecques. Le gouvernement semble penser que le temps jouera en sa faveur, que notre lassitude l’emportera sur notre détermination. Il se trompe. Nous ne demandons ni l’aumône, ni des privilèges indus. Nous exigeons une fois de plus:

  1. La mise en œuvre immédiate d’un plan d’urgence pour la réhabilitation des infrastructures judiciaires sur tout le territoire.
  2. La revalorisation effective de nos traitements et le règlement définitif des situations administratives bloquées.
  3. Une dotation budgétaire conséquente pour le fonctionnement de la Justice, gérée en toute transparence. »

Sur les projets immobiliers et assurance santé, le Secrétaire général, Harnac Claver Mbele a déclaré: « A l’issue de l’audience accordée par le Président de la République, Chef de l’État,  il avait été retenu d’un projet immobilier largement jugé sur notre plateforme. À ce jour, nous ne comptons que 70 demandes. Or, ce projet, pour qu’il soit viable, a besoin d’à peu près 200 demandes pour que le président de la République puisse nous appuyer dans l’exécution de ce projet.»

C’est pourquoi, le Secrétaire général du SYNAMAG a saisi cette occasion pour inviter les uns les autres à  remplir les fiches de demandes pour ce projet immobilier, afin de voir sa réalisation. S’agissant du projet assurance santé, une campagne de communication sera faite au sein des différentes juridictions.

Le bilan financier a été fait par le Trésorier général de la SYNAMAG, Mayobolo Mangoungou dans lequel il a chiffré le montant des cotisations des membres, des dépenses et du solde créditeur de la SYNAMAG

« Nous ne pouvons plus accepter d’être les parents pauvres de la République. Une justice au rabais est une justice dangereuse. Si le gouvernement persiste dans ce mutisme et ce dilatoire, il devra en assumer les conséquences. Nous  restons  ouverts  au  dialogue,  mais  un  dialogue  sincère,  assorti  d’un  calendrier d’exécution précis. Le temps des discours lénifiants est révolu. Nous voulons des actes. À nous chers camarades, relevons la tête. Serrons les rangs. Que cette nouvelle année syndicale soit celle de l’audace et de la conquête sociale pour nos droits, pour notre dignité, pour l’avenir de notre profession. Dans cette lutte qui s’annonce, Le SYNAMAG jouera pleinement son rôle. » A ajouté le président de la SYNAMAG.

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