Par Richard Nguema Ondo

Un mois après le scrutin du 30 avril dernier, la colère gronde parmi les travailleurs du public et du privé dans le Grand-Nord. Entre déficit de communication, les manquements de la logistique et accusations d’ingérence envers l’autorité provinciale, la légitimité des nouveaux représentants est massivement contestée.

Le spectre d’un vote invalidé plane sur la province: Un scrutin fantôme aux enjeux méconnus: «Pourquoi avons-nous finalement voté?» C’est l’interrogation qui brûle les lèvres des travailleurs du Woleu-Ntem, un mois après la tenue des élections professionnelles. Passé le jour du vote, le constat sur le terrain est amer: le scrutin s’est déroulé dans une opacité presque totale, laissant la base syndicale et les salariés dans l’ignorance la plus complète des véritables enjeux de cette consultation.

À Oyem, le rapporteur provincial — s’exprimant en sa qualité de représentant patronal — ne cache pas son indignation: «Après le passage aux urnes, nous avons réalisé brutalement qu’aucun syndicaliste n’était au fait des réalités et des retombées de ces élections.»

En cause, un calendrier particulièrement serré qui n’a pas permis aux différents candidats en lice dans les cinq départements de la province de mener une campagne digne de ce nom. Ce temps de déploiement, pourtant crucial pour sensibiliser et mobiliser les électeurs, a cruellement fait défaut, biaisant dès le départ la représentativité du scrutin.

Le Gouvernorat indexé : Soupçons de partialité et jeu de « juge et partie»

Au-delà des simples couacs organisationnels, c’est le rôle de l’appareil étatique qui suscite la polémique au sein du leadership syndical de l’Extrême-Nord. Le gouvernorat de la province du Woleu-Ntem, sous l’égide de la première autorité provinciale, s’est imposé comme le centre névralgique de la gestion et de la centralisation de ce vote.

Pour de nombreux syndicalistes chevronnés, cette forte implication de l’administration publique est perçue comme une anomalie, voire une ingérence. Ils rappellent que l’organisation de telles élections devrait idéalement être paritaire ou indépendante, pour éviter tout favoritisme. La faible présence, pour ne pas dire l’absence totale, des représentants des candidats dans les différents bureaux de vote le jour «J» n’a fait que renforcer le sentiment d’un scrutin joué d’avance, où l’administration s’est retrouvée dans la position inconfortable de «juge et partie».

Le risque du mauvais interlocuteur face aux crises sociales: Cette crise de légitimité dans le Grand-Nord soulève une problématique majeure pour l’avenir du dialogue social au Gabon. Les organisations syndicales ont pour vocation d’aider les pouvoirs publics à identifier des partenaires sociaux fiables, capables de canaliser et de relayer fidèlement les aspirations de la base.

Placer des responsables contestés ou sous-qualifiés à la tête des syndicats provinciaux comporte un risque systémique. L’histoire récente du pays démontre que lorsque l’État traite avec de mauvais interlocuteurs lors des négociations, les crises sociales s’enlisent. Il en résulte systématiquement des mouvements d’humeur à répétition, des grèves interminables et des reports successifs d’accords, faute de confiance entre la base et les sommets.

Face à ce climat de suspicion et à la fragilité des résultats, l’appel à une reprise pure et simple du vote se fait de plus en plus pressant dans le Septentrion. Pour l’État, la quête de partenaires sociaux crédibles reste entière, et le Woleu-Ntem vient de lui rappeler que la légitimité ne se décrète pas: elle se gagne dans les urnes, en toute transparence.

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