Par Richard Nguema Ondo

Le spectre de la division plane à nouveau sur l’Église Évangélique du Gabon (EEG). À quelques semaines du renouvellement du Bureau national, la tension est montée d’un cran au sein de la communauté protestante du Woleu-Ntem. L’actuel président national, dont le mandat touche à sa fin, se retrouve au cœur d’une vive polémique, accusé de vouloir orchestrer une succession sur mesure au mépris des textes de l’institution.

Le principe de la présidence tournante mis à mal ?

Pour comprendre la crise qui couve dans le septentrion, il faut revenir au fonctionnement institutionnel de l’EEG, et qui est régi par sa Charte fondamentale. L’accès à la présidence nationale obéit à une règle stricte de rotation quadriennale entre les différentes régions synodales du pays.

L’actuel président national, le Révérend Louis Sylvain Allogo Engo, originaire du village Akam-Effack (dans le district du Nyé, département du Woleu), arrive au terme de son mandat de quatre ans exercé au nom du Woleu. Selon l’ordre protocolaire, la main doit désormais passer à la Région Synodale du Ntem, dont l’exercice viendra clore le cycle actuel de rotation.

 L’axe Allogo Engo – Allogo Essimengane: la provocation de trop ?

L’inquiétude s’est transformée en colère ouverte chez les fidèles et les hauts dignitaires du Nord. Le président sortant est formellement suspecté de vouloir imposer à sa suite son proche allié, le Pasteur Jean Daniel Allogo Essimengane, en tant que candidat de la Région Synodale du Ntem pour le futur scrutin national.

Or, sur le plan statutaire, le président sortant ne dispose d’aucune prérogative pour se substituer au Bureau des Régulateurs du Ntem. Ce dernier demeure le seul organe souverain habilité à désigner, par le biais de ses pasteurs consacrés, le candidat éligible à la magistrature suprême de l’Église. Les détracteurs du président lui reprochent ainsi d’user de sa position d’autorité pour influencer la neutralité du jury et court-circuiter le processus démocratique interne.

Le scandale des obsèques d’Emmanuel Ondo Methogo

Pour les contestataires, les intentions du président sortant ne font plus aucun doute. Ils en veulent pour preuve un incident majeur survenu récemment à Bitam lors des obsèques officielles du patriarche Emmanuel Ondo Methogo, figure politique gabonaise d’envergure et membre éminent de l’EEG.

Devant un parterre de hauts dignitaires, de cadres de la province et de fidèles rassemblés pour le deuil, le Révérend Louis Sylvain Allogo Engo aurait publiquement soulevé le bras du Pasteur Jean Daniel Allogo Essimengane, le présentant ostensiblement comme sa recommandation exclusive pour la prochaine élection. Une mise en scène politique jugée sacrilège par de nombreux observateurs en ce lieu de recueillement, et perçue comme une ingérence intolérable dans les prérogatives du Synode du Ntem.

La mémoire des fractures passées

Les chrétiens protestants du Woleu-Ntem tirent la sonnette d’alarme: si cette logique jugée anticonstitutionnelle persiste, l’église s’expose à une nouvelle scission destructrice. L’histoire de l’EEG reste malheureusement marquée par de douloureux schismes, souvent provoqués par ce type de manœuvres successorales et d’accaparement du pouvoir.

Alors que le décompte final est lancé, les regards se tournent vers le Conseil des Sages et les modérateurs de l’Église. Eux seuls semblent aujourd’hui en mesure de ramener la sérénité, de faire respecter la Charte et de garantir une transition transparente, afin d’éviter que le Grand-Nord ne devienne le théâtre d’une nouvelle implosion ecclésiale.

*** Local Caption *** L’ancienne chapelle de la mission protestante de Baraka construite en 1842 par les américains
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