Par Breveta Moubona Lemagna R. (+)
Libreville suffoque depuis des mois sous une sécheresse administrative, autant que climatique. Depuis le 1er juillet 2026, le Gabon vit sous état d’urgence hydrique, décrété par le gouvernement pour mettre fin à ce que d’aucuns appellent déjà le système prédateur de l’eau. Au menu concret: saisie de cinquante-cinq camions-citernes soupçonnés d’alimenter un vaste marché parallèle, plafonnement strict des tarifs et reprise en main directe de la distribution par l’État. Une décision musclée et immédiate, prise sur instruction directe du président Brice Clotaire Oligui Nguema, deux jours à peine après une rencontre houleuse entre le chef de l’État et le personnel de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon.
Selon nos confrères de L’Union, le communiqué ministériel ne laisse planer aucun doute: «l’eau est un bien essentiel et non négociable». Le ministre de l’Accès Universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, a rappelé que la vente d’eau ne devait plus servir de levier de pression sur des ménages déjà à bout de souffle, et a annoncé une nouvelle grille tarifaire ainsi que des numéros verts destinés à recueillir les plaintes des populations.
Moins de vingt-quatre heures après l’annonce de ces mesures fortes, le gouvernement a d’ailleurs dû revoir sa copie, toujours selon nos confrères de L’Union.
Face aux difficultés d’application concrète sur le terrain, les autorités ont réintégré certains opérateurs privés dans les chaînes de distribution et de vente d’eau en cuves, tout en procédant à une baisse conséquente des tarifs annoncés la veille. Un réajustement qui traduit la complexité d’une réforme voulue radicale, confrontée à la réalité du terrain: rareté de la ressource en saison sèche, forages asséchés, défiance persistante des populations.
Fait marquant de ce dispositif inédit: les habituels livreurs privés cèdent la place aux Forces de Défense et de Sécurité et aux sapeurs-pompiers, désormais chargés d’acheminer l’eau par des camions-citernes jusque dans les quartiers les plus enclavés du Grand Libreville. Un symbole fort, qui rappelle le rôle qu’occupaient jadis les bornes-fontaines publiques, disséminées à Libreville comme dans les autres localités, avant que les coupures à répétition n’ouvrent la voie à une économie souterraine de la soif. Reste une question: ces mêmes forces disposent-elles des moyens matériels et humains pour tenir la distance, une fois l’effet d’annonce retombé?
Il existe une formule que l’on répète depuis toujours: l’eau, c’est la vie. Dans l’esprit des textes des Nations Unies, le droit à l’eau potable n’est pas une question de confort ; il engage la santé publique, la justice sociale, et la survie de tout un peuple. Dans un monde où chaque pays devrait veiller jalousement sur cette ressource vitale pour ses citoyens, le Gabon choisit aujourd’hui la voie de la fermeté pour refermer une plaie vieille de vingt ans.
Reste à savoir si cette fermeté tiendra dans la durée, au-delà du symbole. «El agua no es un lujo, es un derecho de todos». Autrement dit: «l’eau n’est pas un luxe, c’est un droit pour tous».
+ Stagiaire.
Trouver de l’eau dans plusieurs quartiers de Libreville relève de l’exploit!
