La gestion de Baltasar Engonga Edjo’o à la tête de la Cemac est indexée!
Source: journalintegration.com
Le ton est passé des promesses triomphantes de Nouvel An au service minimum, révélant une gouvernance financière chaotique et une intégration régionale suspendue aux caprices des budgets et des recommandations internationales.
En ce début d’année 2026, le message du président de la Commission de la Cemac avait rassuré : tous les voyants étaient au vert pour la bonne mise en oeuvre des projets communautaires. Quelques semaines seulement après, le ton a changé. La Cemac fonctionne désormais en service minimum, une situation qui alerte sur une crise structurelle profonde. Derrière cette décision se cachent des désordres financiers chroniques, des contraintes budgétaires persistantes et une dépendance forte aux contributions des États membres.
La Commission de la Cemac traverse une crise sans précédent. La suspension brutale de toutes ses activités par son président, Baltasar Engonga Edjo’o, a jeté un pavé dans la mare communautaire. Officiellement motivée par des difficultés financières, cette décision apparaît surtout comme le révélateur d’une incapacité chronique à gérer la moindre crise interne. « C’est une décision qui en dit long sur le manque de planification et de dialogue », confie un responsable de la Commission sous couvert d’anonymat.
Depuis son arrivée, la gouvernance de l’institution s’apparente à un chantier perpétuel de décisions controversées et de gestion opaque. La réhabilitation du siège du Parlement communautaire à Malabo en est l’exemple frappant : plus de 1,3 milliard de FCFA dépensés, alors que le budget initial ne dépassait pas 200 millions. « Aucune facture officielle n’a été produite, et personne n’ose demander des comptes », affirme un expert communautaire. Cet écart vertigineux traduit des pratiques financières douteuses et une absence totale de contrôle, mettant à nu une gestion des fonds publics sans rigueur ni transparence.
En moins de deux ans, plus de quarante personnes embauchées: À cette opacité s’ajoutent des recrutements massifs et controversés. En moins de deux ans, plus de quarante personnes ont été embauchées, dont deux enfants du président et une proche collaboratrice ayant facilité l’emploi de membres de sa famille. «La masse salariale a explosé, mais personne ne contrôle ces décisions», note un observateur. Ces nominations, souvent sans profil adapté, illustrent l’incapacité flagrante à appliquer les textes et procédures en vigueur.
Les missions et déplacements officiels contribuent également à alourdir les dépenses. Des réunions statutaires se transforment en missions internationales à plusieurs dizaines de millions de FCFA, sans réelle justification ni résultat tangible.
La suspension des activités n’apparaît plus comme une mesure de gestion rationnelle, mais comme le symptôme d’une direction incapable de maîtriser ses propres dépenses.
Face à ce tableau, une question s’impose: Baltasar Engonga Edjo’o est-il à la hauteur pour continuer à diriger la Commission de la CEMAC? « Sa gestion risque de discréditer tout le pays et l’institution », avertit un analyste sous anonymat.
Au-delà des dysfonctionnements institutionnels, c’est la réputation de la Guinée équatoriale qui se trouve désormais entachée. Il est urgent que la Guinée équatoriale envisage un remplaçant capable de restaurer la confiance dans l’institution. La CEMAC ne peut rester paralysée par un président qui choisit le spectacle et la suspension plutôt que responsabilité, dialogue et transparence. La crédibilité et l’avenir de la Communauté dépendent désormais de décisions courageuses et d’un leadership capable de sortir l’institution de cette gestion catastrophique.
Les révélations de Brazzaville, des budgets sur le papier: Les révélations du sommet de Brazzaville, tenu le 22 janvier dernier, éclairent ce retournement rapide. Pr Belinga Zambo, politologue et analyste en géostratégie, explique : « Au cours de ces assises, le FMI a suggéré à la Commission de se mettre en retrait et de privilégier le déploiement du Pref-Cemac ». Traduction: priorité à l’outil financier intégré et mode pilote automatique pour le reste. Les bureaux continuent d’exister, mais les projets… eux, font la sieste. La prudence imposée par le FMI ralentit le rythme des initiatives et transforme le fonctionnement administratif en une gestion au compte-gouttes, «compte- tenu des dérives managériales constatées et imputées à la présidence de la Commission ».
Les budgets existent sur le papier, mais leur mise en œuvre ressemble à une danse au ralenti. Le non-recouvrement régulier de la Taxe communautaire d’intégration (TCI), pilier du financement institutionnel, reste un symptôme clé. Budgets votés mais ressources absentes, projets gelés, programmes suspendus: la Cemac fonctionne plus comme une administration en sursis que comme un moteur d’intégration régionale. «Le problème de la Cemac n’est pas l’absence d’outils financiers, mais l’absence de discipline collective dans leur application », analyse Pr Bernard Doumbélé, expert centrafricain en finances publiques régionales. Selon lui, la structure est souple sur le papier mais rigide dans la réalité, incapable de transformer les promesses en actions concrètes. La Gabonaise Mireille Ndzianga abonde: «L’architecture financière est incohérente, dépendante des États et politiquement vulnérable». On pourrait presque imaginer que le budget de la Cemac pratique le yoga: flexible, souple… mais jamais stable.
Cette situation révèle que l’intégration en Afrique centrale reste largement tributaire des contraintes financières externes. Les ambitions sont fortes, les traités signés, mais les moyens suivent rarement au rythme annoncé. La Cemac apparaît alors comme une institution qui danse à vide, où la comédie bureaucratique se déroule entre les colonnes budgétaires et les recommandations internationales. Pour le personnel et les observateurs, ce retrait stratégique, bien que pragmatique, équivaut à une mise en sommeil : programmes suspendus, projets gelés, retards de paiement et démobilisation du personnel.
Les effets sont visibles à l’international. La Cemac perd de la crédibilité auprès des partenaires, tandis que les États membres peinent à convaincre qu’ils portent véritablement la cause de l’intégration. Comme le souligne Pr Belinga Zambo, ce recul n’est pas catastrophique mais illustre une réalité incontournable: l’action communautaire reste subordonnée aux équilibres financiers et aux recommandations des institutions internationales. En quelques semaines, les voyants passent du vert au rouge, mais la danse bureaucratique continue, avec humour noir pour ceux qui observent cette comédie administrative. Ainsi, la crise de la Cemac est loin d’être conjoncturelle. Elle est structurelle, systémique et liée à une gouvernance financière instable, fragmentée et dépendante des volontés nationales et internationales.
Tant que la discipline budgétaire ne sera pas renforcée et que la Commission restera sous perfusion externe, toute réforme institutionnelle restera cosmétique. L’intégration régionale de l’Afrique centrale n’avance pas faute de volonté politique, mais faute de cohérence financière et de leadership collectif assumé. La Cemac survit, mais à quel prix ? Les voyants rouges clignotent, tandis que la danse bureaucratique continue, suspendue entre ambition et réalité.
