Le Docteur Jean Claude Nkou lors de son exposé sur l’IA.
Par Annie Mapangou
«L’IA, pouvoir des médias et démocratie aujourd’hui en Afrique: autonomie et business model pour la presse francophone africaine» est un thème qui a été au cœur de la Conférence-Débat, animé par Docteur Jean Claude Nkou, Stratège en Communication et en Transformation IA – Auteur, Conférencier du Congo-Brazzaville, à l’Université internationale de Libreville – Berthe et Jean, à Essassa, le jeudi 22 janvier 2026, à l’occasion de la Conférence internationale de la presse francophone (CIPREF).
L’IA d’aujourd’hui va au-delà de la simple analyse de données. Elle est capable de générer des articles et des narrations complexes. Cette évolution n’est pas sans risques. Les systèmes basés sur l’IA, fonctionnant sur des probabilités, peuvent créer des informations inexactes. Ce défi soulève des questions importantes sur la fiabilité et la vérification dans le journalisme à l’ère de l’IA.
C’est ainsi que l’intégration de l’intelligence artificielle dans les médias n’est pas seulement une révolution technologique ; elle représente également une mutation profonde dans la pratique du journalisme.
C’est dans ce cadre que le Docteur Jean Claude Nkou a éclairé la lanterne de l’assistance sur l’impact de l’IA dans l’écosystème journalistique africain : « Non, non, non. Toutes la problématique est celle-là. Et surtout, avoir un positionnement dans la société par rapport à nos lecteurs, ou à nos auditeurs. Une affaire, une question de crédibilité, mais aussi surtout, comment on s’en sort en termes de démocratie. Dans le panel de tout à l’heure, j’ai essayé de répondre un peu à tout cela. La première chose sur laquelle j’ai essayé d’insister, c’est le fait que nous sommes avant tout des journalistes. Oui, nous sommes aujourd’hui augmentés, ajoutés par les outils d’intelligence artificielle. Ces outils ne sont pas anodins. Ils sont des outils extrêmement sophistiqués.»
Il a ensuite expliqué pourquoi les outils de l’IA sont, selon lui sophistiqués : «Aujourd’hui, les outils d’intelligence artificielle, quand on observe ce qui se passe, ils nous produisent tout ce que nous, en tant que humains journalistes, nous sommes chargés de produire, en termes de contenu. On fait des reportages de textes, des articles, des images, des vidéos, de l’audio, des sons. Donc, toute la couverture journalistique, l’IA sait le faire. Mais elle le fait tellement bien, parce que les outils sont tellement perfectionnés qu’une fois que l’IA a fini de faire un texte, un article ou fini de faire une image ou fini de fabriquer une vidéo ou même de créer un son, quand un humain passe par là, même si les journalistes et en particulier si il est juste un auditeur, il a du mal à savoir si vraiment c’est fait par un humain ou si c’est fait par un ordinateur, un automate. Là, il y a un problème.»
Pour le journaliste de l’Agence congolaise de presse (ACP), Abety Giscard Havril il est important de souligner d’une part que l’IA n’est pas neutre : «Elle influence ce qui est visible ou invisible, elle peut renforcer certains récits tout comme elle peut en marginaliser d’autres. En Afrique francophone, où les médias jouent souvent un rôle central de contre-pouvoir, l’IA devient un levier stratégique, comparable à l’imprimerie ou à la radio à leur époque. L’Intelligence artificielle devient à l’heure actuelle un enjeu majeur qui agit directement sur la démocratie permettant notamment l’accès à l’information et jauge également la qualité du débat public, la lutte (ou propagation) de la désinformation. »
D’autre part, il a déclaré : « L’IA met les médias francophones africains devant le risque de la dépendance technologique, alors que la plupart des outils d’IA sont conçus hors d’Afrique, avec des logiques économiques, culturelles et politiques exogènes. En conséquence, il y a l’invisibilisation des réalités locales ou la perte de souveraineté informationnelle. Ce qui nécessite un modèle endogène d’usage de l’IA adapté aux réalités sociales, économiques et linguistiques, fondé sur les valeurs démocratiques locales. Lequel fait appel à la formation des journalistes, cadres éthiques clairs, gouvernance des données, coopération entre médias africains francophones.»
De son point de vue, il est important de souligner que le rôle du journaliste reste irremplaçable dans la collecte, traitement et diffusion de l’information. L’IA redéfinit le pouvoir médiatique, ce qui a un impact direct sur la démocratie. L’IA offre certes, des opportunités réelles à la presse africaine francophone, mais elle pose des risques de domination et de dépendance. Elle n’a pas d’âme, mais il faut protéger et sécuriser celle des humains.
De cette communication, nous pouvons retenir que les journalistes doivent être outillés, avoir des outils pour lutter contre des deepfakes. Donc on peut faire des fausses images, des fausses vidéos. Les deepfakes sont aujourd’hui la chose la plus dangereuse dans l’information à l’ère de l’intelligence artificielle. Parce que face à un deepfake, on est berné. On ne sait plus ce qui est vrai, ce qui n’est pas vrai.
Les participants très attentifs aux explications de l’expert congolais.
