Par F.J
Au Gabon, l’ordonnance n°0011/PR/2026 du 26 février 2026 marque un tournant majeur dans la régulation du numérique. À travers ce texte, les autorités ont instauré un encadrement plus rigoureux de l’usage des plateformes digitales, en plaçant les influenceurs au cœur du dispositif et en leur imposant désormais de nouvelles obligations.
Publiée au Journal officiel du mercredi 8 avril 2026, cette ordonnance confère aux influenceurs un véritable statut. Ils sont définis comme toute personne «ayant acquis une audience significative et mobilisant sa notoriété pour influencer les comportements». À ce titre, ils sont assimilés aux professionnels de la communication numérique et soumis, en théorie, aux mêmes exigences éthiques que les journalistes.
Cependant, cette assimilation soulève de nombreuses interrogations. Le journalisme est un métier structuré, encadré par des formations académiques souvent longues, reposant sur des principes fondamentaux tels que la vérification des faits, le croisement des sources, le respect de l’éthique et la responsabilité sociale. L’engagement du journaliste ne se limite pas à produire du contenu : il engage sa crédibilité, celle de son média, et peut être juridiquement tenu responsable de ses publications.
À l’inverse, l’activité d’influenceur ne repose sur aucune exigence formelle de formation. Elle s’appuie principalement sur la visibilité, l’audience et, bien souvent, sur des logiques de divertissement ou de marketing. En l’absence d’un cadre structuré et d’obligations systématiques de vérification de l’information, toute comparaison directe avec le journalisme apparaît à la fois fragile et problématique.
Une telle mesure comporte plusieurs risques: elle pourrait dévaloriser les années de formation et le professionnalisme des journalistes, entretenir la confusion entre information vérifiée et contenu viral, et, à terme, fragiliser la qualité de l’information dans l’espace public.
En définitive, cette réforme semble révéler une compréhension encore incomplète des enjeux contemporains de la communication. Loin de garantir une meilleure protection du public, elle pourrait, au contraire, ouvrir la voie à une amplification de la désinformation en accordant une légitimité accrue à des acteurs qui ne sont pas nécessairement formés pour informer.
Dès lors, une question essentielle demeure: sur quels critères un influenceur sera-t-il évalué pour être reconnu comme un véritable professionnel de la communication? Vivement que lumière soit faite par les autorités sur ces zones d’ombres.
