Par Annie Mapangou
Le Groupe d’Études politiques et de défense (GREPOD) a organisé une Conférence sous le thème: «Le Gabon des années 1960 aux années 2000: une marionnette de la France?», dans le cadre de la deuxième édition du Club’Actu, ce vendredi 27 février 2026, dans la salle du Centre national de la recherche scientifique et technologique (CENAREST), en présence de ses membres.
Cette conférence s’est tenue dans le cadre de la deuxième édition des activités du Club’Actu. Le Docteur André Adjo, Chef des départements d’études politiques et stratégiques à l’Institut de recherche en sciences humaines du CENAREST, a présenté l’objectif de cette rencontre et le choix du thème.
Le Dr Adjo nous explique que le Club’Actu est une activité de leur laboratoire, un Groupe d’études politiques de défense. «Nous en sommes à la deuxième édition. La première édition a eu lieu l’année dernière, en juillet 2025. C’était un autre sujet qui avait davantage un caractère africain, parce que nous recevions un grand professeur de Yaoundé II. Le professeur Tunda Ibode. Aujourd’hui, nous avons toujours dans une perspective internationale choisi de tenir la deuxième édition sur un thème centré sur les relations entre la France et le Gabon, en ce qui concerne une période bien circonscrite entre 1960 et 2000.»
Son Excellence, Sylvestre Ratanga, le Conférencier a d’abord fait un bref rappel de ses échanges avec le Docteur Chantal Midzie Abessolo (Attachée de recherche, Directeur adjoint du GREPOD) qui lui a proposé de venir parler ici d’un sujet, d’actualité internationale, qu’il avait le choix entre plusieurs possibilités. «Je lui ai même parlé d’un sujet que finalement je n’ai pas retenu. Et puis, au vu de l’actualité de ce qui se dit des relations entre le Gabon et ses partenaires, j’ai choisi exprès un titre provocateur. Gabon, une marionnette de la France? Ce n’était pas une affirmation, c’était une question, pour susciter la réflexion des chercheurs, puisque nous sommes ici dans le temple de la recherche scientifique. Je leur ai fait parvenir un document de 74 pages, traitant un peu de nos relations avec la France, n’est-ce pas, pour qu’ils exploitent. Et ce que nous avons fait ce matin, je leur ai fait un résumé de ce que je dis de cette question, en ma qualité d’ancien diplomate. Parce que j’ai fait toute ma carrière comme diplomate.»
LE PARCOURS DU DIPLOMATE: Sylvestre Ratanga a dévoilé son parcours en tant que diplomate: «J’ai commencé par le ministère des Affaires étrangères, où je suis resté 12 ans. Après, je suis allé à l’extérieur, comme ambassadeur à l’UNESCO et en Allemagne. J’ai participé à beaucoup de réunions de travail sur la coopération avec un grand nombre de pays dont la France. Ce que j’ai voulu démontrer dans les propos que j’ai tenus tout à l’heure, c’est que la France est certes un partenaire incontournable pour le Gabon, mais la France n’est pas un partenaire unique du Gabon.
«Le poids de l’histoire fait qu’elle a une présence, beaucoup plus ancienne que celle d’autres partenaires, qu’elle tient une part importante de notre économie, mais le Gabon a su diversifier ses partenaires en fonction de ses intérêts. Quand on prétend, quand on dit qu’on est très proche de la France, c’est très vrai, nous sommes très proches de la France. Mais nous avons beaucoup d’autres partenaires et j’ai posé la question tout à l’heure de savoir. Que penser des relations entre les États-Unis et Israël ?»
Sur la base de cette question, Sylvestre Ratanga a expliqué: «Je pense que les relations qu’entretiennent les États-Unis avec Israël sont beaucoup plus profondes que celles que le Gabon entretient avec la France. Peut-on dire d’Israël que c’est une marionnette des États-Unis? Peut-on dire des États-Unis qu’ils sont une marionnette d’Israël ? Quand on sait qu’aucun gouvernement américain, fut-il républicain ou démocrate, ne critiquera jamais publiquement Israël, qu’aucun gouvernement américain ne votera jamais une résolution aux États-Unis contre Israël.
«Or, le Gabon n’a pas toujours suivi la France, n’est-ce pas, dans ses prises d’opposition sur la scène internationale. Je vous parle en tant qu’acteur. Le Gabon a souvent discuté avec la France, j’y ai participé, pour rééquilibrer un certain nombre. N’est-ce pas, de coopérations ? Donc, il y a une chose entre l’imagerie populaire et la réalité des faits. Aujourd’hui, la France représente 4 à 5% des exportations gabonaises et 13% des importations gabonaises. Donc, vous comprenez que nous sommes dans un monde multipolaire qui fait que la France va rester, et c’est à son avantage, un ami et un partenaire essentiel du Gabon. Mais le premier partenaire commercial du Gabon aujourd’hui, ce n’est pas la France, c’est la Chine. Vous avez des pays émergents qui sont apparus sur la scène économique Gabonaises, la Turquie, le Maroc et d’autres pays africains.»
Pour sa part, l’auteur de la politique étrangère du Gabon, Dr Eustache Yolla Mandjouhou, a indiqué qu’il a voulu juste voulu attirer l’attention de l’assistance sur le fait que lorsqu’on analyse la souveraineté des États, il faut prendre en compte la position de chaque État. «Dans le monde entier, aujourd’hui, on a des grandes puissances, on a des puissances moyennes, on a des petits États. La souveraineté qui est conçue par les auteurs réalistes des nations internationales, comme pour la faculté d’imposer ses points de vue. Ou de convaincre les autres Etats, en fait, cette souveraineté peut varier en fonction des Etats. Pour les petits pays comme le Gabon, on n’analysera pas ça comme pour des grandes puissances comme la France, les Etats-Unis, qui agissent sur des leviers beaucoup plus importants que le Gabon. Mais dans le cas, il faut qu’on retienne que même en situation de petits Etats, ils arrivent quand même à tirer avantage des relations internationales. »
LE GABON LIBRE DE SES CHOIX: Avec le conférencier, Sylvestre Ratanga, nous pouvons retenir de cette communication, que la France reste un partenaire essentiel du Gabon. «Mais que la France n’est pas le seul partenaire économique du Gabon et que les Français eux-mêmes le reconnaissent. Vous savez, le Gabon est libre de ses choix sur la scène internationale. Voyez, c’est d’ailleurs ce que le président Brice Clotaire Oligui Nguema a dit au président Emmanuel Macron, lorsqu’il est venu ici. Mais c’est également la démarche que le président Oligui Nguema a eu en allant aux États-Unis, montrer aux Américains qu’il restait ouvert à la coopération avec tous les pays. Mais que si les États-Unis ne venaient pas, il y aurait d’autres pays. C’est exactement le langage que nous tenons avec la France. »
