Par Pascale Ngowaga Mytoulou

À l’occasion de la quatrième journée des activités dédiées à la deuxième édition du salon du livre jeunesse, une table ronde autour du thème: «Économie du livre jeunesse en Afrique», s’est tenue au premier étage de la Chambre de commerce. Elle a réuni plusieurs acteurs du secteur, venus partager leurs expériences et analyser les dynamiques du marché.

Modérée par Juste Auclair Legoka, cette rencontre a rassemblé: Talla Wamba, Pulchérie Abeme, Franck Anthony Evouna et Renaud Dinguemnaial, autour d’un enjeu central: «la structuration et la rentabilité du livre jeunesse sur le continent africain».

Au cœur des échanges, un constat s’impose: malgré un fort potentiel, le marché du livre jeunesse en Afrique reste encore fragile et insuffisamment structuré.

Les intervenants ont mis en lumière les difficultés liées à la production, à la distribution et à la commercialisation des ouvrages destinés aux jeunes publics.

L’un des principaux leviers évoqués repose sur l’augmentation de la production. Selon les participants «plus les livres sont produits en grande quantité, plus les coûts peuvent baisser», rendant ainsi les ouvrages accessibles à un plus large public.

Dans cette logique, deux enjeux majeurs ont été identifiés: «la qualité du contenu et la capacité à convertir les parents en véritables clients».

Les intervenants ont insisté sur le fait que le livre de jeunesse doit impérativement tenir compte du «pouvoir d’achat des familles», tout en restant attractif.

À ce titre des initiatives innovantes ont été partagées. Au nord du Cameroun, par exemple un système original consiste à proposer des boissons à un prix élevé tout en offrant un livre aux enfants créant ainsi un moment de partage et d’intimité autour de la lecture. Une approche qui vise à «rendre le livre désirable et accessible».

Pulchérie Abeme a, pour sa part, souligné l’importance d’une littérature écrite par des Africains, pour des Africains. Selon elle, «la jeunesse doit pouvoir se reconnaître dans les récits et se sentir valorisée à travers les œuvres ».

Elle a également abordé la question du numérique, non pas comme un frein, mais comme «un outil contributif et attractif pour le développement de l’économie du livre».

Les échanges ont également mis en avant, la nécessité de susciter l’envie de lire dès le plus jeune âge, en montrant aux enfants que le livre est un vecteur de transmission de messages nobles et de valeurs.

Dans cette dynamique, Sylvie Ntsame a évoqué l’exemple des éditions Kaguka qui œuvrent à la promotion des métiers dits «nobles» à travers le livre notamment l’agriculture et la pêche.

Elle a exprimé le souhait de voir les ministères en charge de l’éducation s’impliquer davantage dans cette démarche, en valorisant, à travers les ouvrages des métiers souvent sous-estimés.

Pour l’écrivaine Sylvie Ntsame «des domaines comme l’agriculture, le dessin, la librairie ou encore les droits d’auteur peuvent être tout aussi rentables que des secteurs comme les ressources humaines ou la qualité (QHSE).

Au-delà des enjeux économiques, cette table ronde a permis de rappeler que le livre jeunesse constitue un outil essentiel, pour l’éducation et la construction identitaire des jeunes générations. Sa valorisation passe par une meilleure organisation du secteur, mais aussi par une volonté collective de «réinventer les modèles de production, de diffusion et de consommation du livre en Afrique».

 

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