Photo de famille des participants, au terme de la table ronde.
Par Pascale Ngowaga Mytoulou
Dans le cadre des activités dédiées au livre et à la culture, une conférence autour du thème: «Traduire les langues africaines pour la jeunesse», s’est tenue, réunissant plusieurs acteurs engagés dans la valorisation des langues locales.
Modérée par Jean-Aimé Pambou, cette rencontre a rassemblé des spécialistes issus de divers horizons notamment Paul Mba Abessole qui est docteur en linguistique (Paris X Nanterre) et docteur en théologie biblique (Université de Paris-Sorbonne Sciences des religions) ; Mathurin Ovono Ebe, enseignant à l’Université Omar Bongo et responsable du Master Langues et Patrimoine ; ainsi que Surprise Okome Engouang, enseignante à l’ENS.
Dès l’entame, Paul Mba Abessole a marqué les esprits en se définissant comme «l’enfant de l’arc-en-ciel», une appellation renvoyant au nom de son village. Dans une intervention structurée et méthodique, il a dénoncé la place dominante du français, au détriment des langues locales, rappelant avec fermeté que «nos langues ne sont pas des pidgins comme le français».
Il a également souligné la richesse du patrimoine linguistique gabonais, affirmant avoir parcouru le pays à cinq reprises, identifiant précisément quarante-deux communautés linguistiques, malgré des estimations parfois plus élevées.
Dans cette dynamique, Paul Mba Abessole a évoqué la nécessité de relancer certains projets historiques, notamment ceux portés par Jean-Hilaire Aubame, tout en insistant sur la responsabilité des générations actuelles à valoriser l’héritage légué par les ancêtres, au profit de la jeunesse.
De son côté, Surprise Okome Engouang a insisté sur l’importance de l’apprentissage et de la transmission des langues locales aux jeunes générations. Selon elle, «il est inconcevable de se revendiquer gabonais sans maîtriser sa langue maternelle», appelant ainsi à un engagement collectif, pour préserver cette identité linguistique.
Redonner aux langues locales la place qu’elles méritent: Mathurin Ovono Ebe est revenu sur plusieurs points essentiels, notamment la nécessité de corriger certaines confusions terminologiques. Il a rappelé que la notion de langue vernaculaire est à bannir. Soulignant l’importance de les définir comme étant des langues locales, dans leur contexte. Il a également insisté sur un principe fondamental: «toute pensée devrait d’abord se construire dans la langue maternelle, avant d’être traduite en français», afin d’en garantir la profondeur et la justesse.
S’adressant à la jeunesse, Mathurin Ovono Ebe a souligné l’importance d’adapter les supports aux réalités contemporaines. Il a évoqué notamment les mangas et les bandes dessinées, comme outils efficaces pour susciter l’intérêt des jeunes publics.
Dans cette perspective, il a annoncé la création prochaine d’un «département de langues locales, dès l’année prochaine». Il s’agit d’une avancée majeure pour la valorisation du patrimoine linguistique.
Pour le mot de la fin, Paul Mba Abessole a tenu à saluer l’engagement et la détermination de Sylvie Ntsame, dans la promotion de la culture gabonaise.
À travers cette conférence, un message fort se dégage: «la valorisation des langues africaines constitue un enjeu majeur pour la transmission culturelle et l’avenir de la jeunesse». Entre défis structurels et initiatives prometteuses les acteurs du secteur appellent à une prise de conscience collective, afin de redonner aux langues locales la place qu’elles méritent.
