Les agents de l’AGASA lors des échanges sur les bonnes pratiques avec les commerçants d’Oyem.

Par Richard Nguema Ondo

Face à l’anarchie qui a longtemps régné dans le secteur de la restauration rapide de rue, l’antenne provinciale de l’Agence Gabonaise de la Sécurité Alimentaire (AGASA) a décidé de siffler la fin de la récréation. Du 13 juin au 1er juillet 2026, une vaste campagne de formation gratuite a été déployée dans les chefs-lieux des cinq départements de la « province des trois frontières », offrant un véritable ouf de soulagement aux consommateurs locaux.

La traque aux vecteurs de contamination bactérienne

Cette initiative d’envergure a permis d’instruire des centaines de commerçants sur les règles élémentaires d’hygiène liées à la manipulation, la préparation, la vente et la conservation des denrées alimentaires. Sur les différents sites de formation, notamment à Oyem, Bitam et Mitzic, les experts de l’AGASA ont mis l’accent sur les comportements à proscrire pour préserver la santé publique.

«Des gestes simples, souvent accomplis de manière machinale par le vendeur ou le client, peuvent altérer gravement la qualité des aliments», explique un technicien de l’AGASA rencontré sur place. «Par exemple, le réflexe habituel des vendeuses de bouillie qui consiste à souffler dans le sachet pour l’ouvrir avant d’y verser le liquide projette instantanément des bactéries au cœur du produit».

De la même manière, le fait de se pencher sans protection au-dessus des marmites ou de manipuler l’argent et la nourriture sans se laver les mains a été formellement pointé du doigt, comme vecteur direct de nombreuses pathologies digestives.

Le «Coupé-Coupé » et les barbecues de rue sur la sellette

L’un des points saillants de cette session pédagogique a concerné la préparation du traditionnel «coupé-coupé» (viande grillée de rue). L’AGASA a rappelé l’interdiction de certaines pratiques de cuisson au bois.

Il a été scientifiquement expliqué aux artisans que l’accumulation de résidus carbonisés et de graisses figées dans les fumoirs, rallumés de manière répétée lors des cuissons successives, génère des agents hautement toxiques et constitue une source majeure de contamination chimique et bactérienne pour la viande.

De la pédagogie aux mesures coercitives

Pour les opérateurs économiques du secteur, cette clarification était indispensable. «Je suis pleinement satisfaite», confie une restauratrice à l’issue des modules. «Désormais, je sais exactement ce qu’il faut faire et ce qu’il faut éviter. Jusqu’à présent, nous étions souvent blâmées et soumises à de lourdes amendes par les agents de contrôle, sans que l’on nous explique le fond de nos fautes».

Toutefois, la phase de tolérance pédagogique touchera bientôt à sa fin. Les équipes de l’AGASA préparent déjà des inspections de terrain, pour vérifier la mise en application stricte de ces guides de bonnes pratiques, avant de basculer, si nécessaire, vers des sanctions financières, ou des fermetures d’établissements.

Chaîne du froid: Groupe électrogène obligatoire pour les grossistes

Le secteur des produits surgelés n’a pas été en reste. Suite aux coupures intempestives d’électricité de la SEEG, qui secouent régulièrement la province, d’importantes saisies de denrées avariées, pour rupture de la chaîne du froid, ont été opérées ces derniers temps par les services de la parafiscalité locale.

Pour pallier ce problème majeur, l’AGASA tape du poing sur la table: désormais, l’octroi ou le renouvellement de l’agrément sanitaire pour les opérateurs économiques détenteurs de chambres froides sera strictement conditionné par l’installation préalable d’un groupe électrogène de secours fonctionnel. Une mesure non négociable pour sécuriser l’assiette du consommateur du Grand-Nord.

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