Les nombreux enseignants lors de l’Assemblée générale de ce samedi.
Par Annie Mapangou
SOS Education a tenu son Assemblée générale, ce samedi 10 janvier 2026, à l’Ecole publique Martine Oulabou pour décider de la poursuite ou de la suspension du mouvement de grève lancé depuis le 10 décembre 2025.
Un mois après l’entrée en grève des enseignants sur toute l’étendue du territoire national, SOS Education, lors de la tenue de sa troisième Assemblée générale, les enseignants, à l’unanimité, ont décidé de ne pas reprendre les cours.
C’est dans cette atmosphère qu’Evariste Ndong, membre de la base de SOS Education, a déclaré que «L’Assemblée générale d’aujourd’hui vient de se terminer. Je peux vous confirmer que la grève continue. Nous avons eu un début de négociations avec le ministre de l’Education nationale au cours de laquelle, elle a reçu les partenaires sociaux, notamment SOS Education au Complexe scolaire d’Alibandeng. Nous espérons que les négociations vont continuer et iront dans le sens souhaité par tous les enseignants du Gabon. Tous les enseignants présents à Martine Oulabou ont décidé de poursuivre le mouvement de grève.»
Marcel Libama, enseignant, syndicaliste et ancien député de la Transition, a précisé: «Nous sommes là dans une assemblée générale qui concerne tous les enseignants et cette AG rentre dans le cadre de la grève lancée par SOS Education, qui est l’unique mouvement et qui devait être logiquement le principal interlocuteur du Gouvernement.»
Il a, par la suite, relevé le fait que le cadre qui a été choisi pour recevoir les partenaires sociaux n’était pas approprié.
« Aujourd’hui, il était question de suivre le compte-rendu des échanges au niveau du ministère de l’Education nationale. Donc, nous sommes là pour exprimer un ras-le-bol, pour exprimer notre colère face au gouvernement. Parce que, ce que nous avons suivis dans les médias c’est une honte… on ne peut pas négocier de tout avec tout le monde et au même moment, c’est impossible. Un tel cadre ne peut pas permettre une négociation.»
Marcel Libama, enseignant, syndicaliste et ancien député de la Transition (1) et l’enseignant Arsène Mba Minleme (2).
Un salaire de 332 000 FCFA PAR MOIS : Marcel Libama a ensuite dénoncé les problèmes du corps enseignant: «C’est le mal être, le mal vivre des enseignants. Un enseignant qui est en catégorie A1 depuis 16 ans, n’a pas été avancé, n’a pas été titularisé et qui touche 332.000 FCFA, je vous assure. Si on l’avait avancé, cet enseignant, on l’avait reclassé, titularisé, il gagnerait aujourd’hui près de 658.000 FCFA. Depuis 2013, nous n’avons aucun rappel et on nous propose la solution des vacations de 1.500 FCFA, de 2.000 FCFA. Nous mettons le ministère au défi, dans le cadre de la transparence et de la redevabilité qu’elle a pour nous. Qu’on nous sorte les listes des vacations que touchent les membres qui sont au ministère. Du ministre jusqu’au chef de service, en passant par les Directions des académies provinciales (DAP), tout ce monde-là touche l’argent du CEPE, du Baccalauréat, du BEP, l’entrée à l’ENS, l’entrée à l’ENSET, l’entrée à l’ENIL, etc. parce que les sommes vont de 10.000.000 FCFA à 35.000.000, à 45.000.000, à 50.000.000 FCFA.»
«Donc, nous appelons à une grande mobilisation. On ne pourra pas résoudre cette crise au ministère de l’Education nationale. Parce que le ministre de l’Education nationale ne gère que la pédagogie et la scolarité. C’est une question transversale. Ne peut régler que le Chef du gouvernement et en négociation. On négocie avec celui qui a le pouvoir de décision. C’est à lui de convoquer les parties prenantes et de trancher», a-t-il ajouté.
Au regard de toutes les raisons évoquées, Marcel Libama a conclu: «Nous disons aux enseignants de ne pas se laisser intimider par les menaces, par les bons de caisse, par les affectations arbitraires et bien d’autres subterfuges pour nous chosifier. Parce qu’aucune armée forte soit-elle ne peut vaincre un peuple déterminé et debout.»
Le Représentant des enseignants malades, Arsène Mba Minleme, souffrant d’une hernie disco-ostéophytique a déclaré: «Ça me fait 20 ans à l’Education nationale. Aujourd’hui, j’ai la hernie discale. Le métier d’enseignant est un métier très dangereux. C’est un métier qui vous détruit à petit feu. Lorsque les collègues sont en grève, les gens pensent que cette grève n’a pas de fondement. Comment peut-on imaginer qu’en 20 ans, j’ai un salaire de 473.000 FCFA. Je sors de l’école, instituteur principal. 20 ans après, je suis toujours instituteur principal avec indice 570.»
Poursuivant son propos, il s’est interrogé: «Pourquoi les revendications des enseignants sont prises au bas de l’échelle? C’est inadmissible, c’est impensable… L’enseignant n’a pas de salaire, il vit dans des conditions très difficiles et alarmantes… Je suis en train de mourir à petit feu. Ça fait 5 ans que j’ai la hernie discale. Pour me tenir debout et marcher, on doit me faire des injections. Je dépense 45.000 FCFA la semaine soit environ 200.000 FCFA, avec un salaire de 473.000 FCFA, est-ce que je peux m’en sortir? La CNAMGS ne prend pas mes médicaments en charge. Je paye mes médicaments. On nous a changé les indices pourquoi ça ne suit pas sur l’effet solde? C’est aberrant, c’est impensable, ce n’est pas bien.»
Arsène Mba Minleme pense que s’il serait rentré à la Police avec un niveau BAC, il aurait certainement le grade de Capitaine ou celui de Commandant. Il espère que le président de la République prendra toutes les mesures nécessaires, pour que les revendications des enseignants puissent aboutir à des solutions dignes.
Retenons que la date de la reprise effective de la reprise des cours était fixée au lundi 05 janvier 2026. Malheureusement, le mouvement de grève continu. Si cette grève se poursuit à long terme, les élèves pourraient à leur tour emboîter le pas, pour réclamer les enseignants.
La date de la prochaine Assemblée générale sera communiquée après concertation des membres de base de ce mouvement.
