Par Richard Nguema Ondo

Près de trois décennies après son rappel à Dieu, la mémoire du patriarche Jean-Marie Ondo Bé Ndong reste une boussole pour sa descendance. Si le souvenir de ce grand notable donne lieu à des commémorations régulières, la cérémonie du samedi 27 juin 2026 a revêtu un caractère inédit: pour la première fois, ce sont exclusivement ses petits-enfants qui ont pris en main l’organisation de cette énième messe de requiem, célébrée à la paroisse Saint-Marc de Bizango-Bibere (PK13), dans la commune de Ntoum.

Un hommage connecté entre Ntoum et le Woleu

Cette énième célébration commémorative a marqué un véritable tournant pour la lignée du patriarche, illustrant un magnifique passage de témoin générationnel. En décidant de porter entièrement la logistique et l’organisation de cet hommage, la génération des petits-enfants, venus en masse du Gabon, d’Afrique et de l’international, a prouvé son attachement indéfectible aux valeurs familiales.

L’événement s’est articulé autour de deux grands moments forts

Le recueillement spirituel: Une messe de requiem solennelle dite en la paroisse Saint-Marc de Bizango-Bibere (PK13), située dans le 3ᵉ Arrondissement de la Commune de Ntoum, où la descendance s’est réunie pour prier.

 Le devoir de mémoire au village: En simultané, une délégation spécialement mandatée s’est rendue au village Oveng Abé II, dans le canton Bissok (province du Woleu), pour procéder au traditionnel dépôt d’une gerbe de fleurs sur le caveau de l’illustre patriarche.

Les manifestations se sont achevées dans la pure tradition africaine autour d’un grand repas fraternel, conçu par la jeune génération, pour consolider les liens familiaux.

Le roman d’une vie: L’histoire d’Ondo Bé Jean-Marie

Les promesses d’un esprit d’exception: Le 26 juin 1940, au cœur du village d’Oveng Abé, naquit un enfant que rien ne destinait à l’oubli: Jean-Marie Ondo Bé Ndong, fils de Bé Ndong et de Ntsame Engone Adèle. Évoluant entre les exigences de la vie rurale et l’apprentissage des traditions, le jeune garçon se distingua très tôt par une intelligence vive, une curiosité rare et une rigueur intellectuelle précoce.

Ses études primaires, effectuées successivement à Mbolzok puis à Ebianeville, confirmèrent son statut d’élève prometteur. Son entrée au prestigieux collège catholique d’Angone à Oyem marqua un tournant. C’est dans cet établissement d’excellence qu’il fut remarqué par Nlep Antoine, un éminent enseignant d’origine camerounaise. Décelant en lui un esprit d’exception, ce maître rigoureux le prend sous son aile, convaincu que le jeune homme était promis à un destin national brillant.

Les sacrifices du devoir filial

Mais la trajectoire d’un homme est parfois dictée par l’autorité sacrée de la famille. Lors d’une période de vacances au village, son destin bascula. Sa mère, Ntsame Engone Adèle, guidée par une logique matrimoniale et clanique profondément enracinée, s’opposa fermement à son retour au collège, redoutant l’isolement de son fils aîné utérin, Essono Bé. Plus tard, une opportunité d’intégrer le corps d’élite de la Gendarmerie Nationale subit le même veto maternel: «Aucun soldat ne peut s’appeler Momo», trancha-t-elle avec affection, usant de son surnom intime.

Face à ces renoncements forcés, Jean-Marie Ondo Bé Ndong va faire preuve d’une résilience admirable, transformant ses blessures silencieuses en une force de transmission.

Passionné par les Saintes Écritures découvertes à Angone, il devint l’un des premiers exégètes et catéchistes d’Oveng Abé, introduisant l’enseignement biblique au sein de sa communauté et semant patiemment les graines d’une foi durable.

Chef de village, leader politique et homme de la terre

Devenu un pilier de famille, époux et père accompli, il s’imposa comme un homme de caractère, un chasseur redoutable et un cultivateur émérite, respectueux de la terre nourricière. Sa droiture naturelle l’amena logiquement à s’engager dans l’arène publique.

De 1978 à 1985, il assuma les fonctions de Secrétaire de section du Parti Démocratique Gabonais (PDG), à une époque où le parti unique structurait l’administration du territoire.

En 1985, à la suite de son frère aîné, il accéda à la gestion du village en devenant le Chef d’Oveng Abé. Pendant quatorze ans, il porta cette charge avec une dignité, une fermeté et une sagesse unanimement saluées, arbitrant les conflits, préservant l’unité villageoise et protégeant le patrimoine foncier et culturel de ses administrés.

Un héritage immortel entre les mains de la jeunesse

Lorsqu’il s’éteignit le 4 octobre 1999 à Oyem, Jean-Marie Ondo Bé Ndong laissait derrière lui bien plus qu’une vaste lignée. Il léguait un code d’honneur et des valeurs cardinales. À défaut d’avoir instruit des élèves sur les bancs de l’école, il aura forgé des générations de citoyens.

Vingt-sept ans après son grand départ, l’hommage de ce 27 juin 2026 prouve que son œuvre transcende le temps et les distances géographiques. En prenant l’initiative et la direction de cette énième commémoration, ses petits-enfants s’assurent que le nom d’Ondo Bé Jean-Marie continuera de vivre, fort et intact, dans la mémoire des générations futures.

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