Dans les rues d’Oyem, comme ici, les voitures sont souvent la cible de ces personnes qui ont perdu la raison!

Par Richard Nguema Ondo

La prolifération des personnes ayant perdu la raison, dans les artères d’Oyem atteint un seuil critique. Entre agressions de citoyens, destructions de biens matériels et dégradation de la salubrité urbaine, la situation suscite une vive inquiétude. Au-delà du problème sécuritaire pour les riverains, c’est la question de la dignité humaine et de la prise en charge médicale de ces compatriotes abandonnés qui interpelle l’État.

Un indicateur de précarité urbaine

Feu le maire d’Oyem, Vincent Essono Mengué, avait pour habitude de rappeler que le niveau de développement et de pauvreté d’une municipalité se mesurait, entre autres, au nombre de sans-abris, de malades mentaux errants et d’animaux divaguant sur la voie publique.

Aujourd’hui, force est de constater que le Chef-lieu de la province du Woleu-Ntem voit le nombre de personnes en rupture psychologique augmenter de manière exponentielle dans les rues de Nkoumekiegne. Cette présence non encadrée engendre des actes d’incivilité et de violence de plus en plus fréquents.

Des agressions répétées au cœur des quartiers

Les témoignages des agents locaux et des riverains illustrent le quotidien stressant des populations, face à des individus imprévisibles. Anicet Bibang, fonctionnaire au sein des Services des Affaires Sociales à Oyem, en a récemment fait la douloureuse expérience :

«J’étais installé dans un établissement lorsque des éclats de voix m’ont alerté. En sortant, j’ai constaté avec effroi que le pare-brise de mon véhicule avait été pulvérisé à coups de masse par une personne déséquilibrée. Poursuivre un individu dans cet état à travers les quartiers aurait été inconscient. J’ai dû prendre en charge les réparations sur mes propres deniers», confie-t-il, la gorge nouée.

Plus alarmant encore, le sentiment d’insécurité s’invite désormais au sein même des domiciles privés. Au quartier Rond-Point Mimbang, M. Abaga Ndong raconte une scène de panique familiale:

«Vers 17 heures, alors que je discutais avec mes frères dans le corps de garde, nous avons entendu les cris de détresse de mes fillettes de trois et cinq ans. Un malade mental s’était introduit dans leur chambre juste après leur douche et s’est enfui en emportant une chaussure. Nous avons dû le poursuivre pour la récupérer. Cela démontre le niveau de vulnérabilité auquel nos familles sont exposées au quotidien.»

Sabotages techniques et insalubrité publique

Outre les agressions physiques, d’autres profils de personnes désorientées s’attaquent aux infrastructures de base. Plusieurs ménages rapportent des coupures de courant et d’eau intempestives, causées par des malades mentaux qui coupent manuellement les disjoncteurs et les compteurs de la SEEG chez les particuliers, provoquant de nombreux dommages sur les appareils électroménagers.

À cela s’ajoute le vandalisme des bacs à ordures. Les poubelles publiques sont régulièrement renversées, éparpillant les déchets sur les trottoirs et devant les devantures des commerces, annihilant les efforts de salubrité de la commune.

Droits de l’Homme: L’urgence d’une prise en charge étatique

Si le danger pour l’ordre public est avéré, le sort de ces malades mentaux constitue une tragédie humaine tout aussi révoltante. Livrés à eux-mêmes, exposés aux intempéries et à la précarité de la rue, ces personnes ayant perdu la raison, sont fréquemment les cibles de violences gratuites ou de crimes crapuleux de la part de réseaux criminels.

L’absence de structures d’accueil psychiatriques et de centres d’internement adaptés dans la province du Septentrion pose la question du respect des droits de l’homme et de la protection des citoyens vulnérables. La perte de la santé mentale ne saurait signifier la déchéance des droits civiques et de la dignité humaine.

Face à ce constat de carence institutionnelle, le cri du cœur des populations d’Oyem s’adresse directement au sommet de l’État, afin d’initier un sursaut patriotique et humanitaire, en construisant un centre de soins psychiatriques et de réinsertion sociale dans le Grand-Nord. Ce qui apparaît désormais comme une urgence absolue pour restaurer la sécurité publique et rendre leur dignité à ces malades oubliés.

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