Par Richard Nguema Ondo

OYEM, 09 juin 2026— Depuis près de deux mois, le marché de la province septentrionale du Gabon traverse une zone de non-droit économique. Suite à la suspension des contrôles des entités de parafiscalité décidée par le Gouvernorat, les opérateurs économiques évoluent sans surveillance. Une totale liberté d’exercer le commerce qui entraine des dérives tarifaires. Alors que dans le même, le pays traverse une crise de confiance au niveau de la sécurité alimentaire.

Une mesure d’«harmonisation» au point mort

À l’origine, la décision de la première autorité de la province du Woleu-Ntem visait un objectif louable, selon le Gouvernorat du Septentrion: suspendre temporairement les interventions sur le terrain pour harmoniser le calendrier des brigades de contrôle. Cette initiative avait été d’abord saluée par les services parafiscaux eux-mêmes, qui espéraient la mise en place d’un calendrier mensuel fixe et rationalisé par administration.

Seulement, après huit semaines de gel, aucun nouveau protocole n’a été établi, pour relancer ces structures de veille, pourtant indispensables. Cette léthargie administrative intervient dans un climat particulièrement sensible, quelques jours seulement après la décision nationale de l’Agence Gabonaise de la Sécurité Alimentaire (AGASA), portant interdiction stricte de commercialiser l’eau de marque «Royal» pour non-conformité sanitaire.

Flambée des prix et denrées avariées: le calvaire des ménages

Sur les étals et dans les commerces, ce manque de régulation se traduit par une vulnérabilité extrême des acheteurs. L’absence de vérification régulière de la mercuriale officielle — le barème fixant le plafond des prix des produits de première nécessité — permet à certains opérateurs de dicter leur loi.

La baisse de vigilance a des conséquences directes sur l’hygiène publique. Il y a peu, les agents de la Direction Provinciale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes ont procédé à une saisie spectaculaire de produits avariés dans les entrepôts des magasins d’un opérateur économique, situés dans un quartier à Oyem. De la volaille impropre à la consommation et d’autres denrées périmées y étaient stockées, illustrant des pratiques récurrentes chez certains grossistes locaux.

«Nous sommes totalement livrés à nous-mêmes. Les commerçants nous vendent des produits à la salubrité plus que douteuse. La mercuriale n’est plus du tout respectée. On ne sait plus où donner de la tête, ni vers qui se tourner pour dénoncer ces abus», s’indigne une mère de famille d’une cinquantaine d’années, à la sortie d’un commerce du quartier Adjougou.

Le constat est identique d’un secteur à l’autre: d’Akouakam à Ngouema, en passant par Tougoutougou, Nkomayat, etc. la détresse est générale, face à un secteur marchand jugé «impitoyable».

À qui profite le vide réglementaire?

Face à cette situation, une interrogation s’impose: à qui profite réellement ce statu quo? Si l’administration provinciale choisit de paralyser les missions de contrôle des services de parafiscalité en zone urbaine, la question de la légitimité des taxes perçues aux barrières routières et transfrontalières se pose avec acuité.

Pour être cohérent, si le contrôle est gelé pour restructuration, l’État devrait suspendre l’exercice des multiples entités postées aux trois frontières et aux différents points de contrôle (Douanes, Police, Gendarmerie, services phytosanitaires, Assemblée départementale, AGASA, ARCEP, ministères de l’Agriculture et du Commerce). Un dossier complexe sur le coût réel de la vie dans le Grand-Nord auquel nous reviendrons très prochainement.

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