Par Annie Mapangou

Le Docteur Marie Stella Marehin, enseignante chercheuse au département de Psychologie de l’Université Omar Bongo (UOB) et présidente de l’ONG Entraid’Dependance, a été au centre de toutes les attentions de l’assistance, ce mardi 26 mai 2026 à l’institut français du Gabon (IFG), où elle a animé une conférence-débat sur le thème: «Les implications de l’alcool chez la femme enceinte».

Un sujet d’actualité qui a capté l’attention de plus d’une personne. L’on a même conclu qu’il s’agit d’un problème de santé publique, de nombreux enfants de parents alcooliques pouvant naitre avec les malformations, si l’on n’y prend garde!

Les ministères de la Santé et des Affaires sociales sont ici interpelés, afin que des actions soient menées, pour sensibiliser les futurs parents sur les dangers de la consommation d’alcool. Grave encore pour une femme enceinte de consommer de l’alcool !

En tant que spécialiste de la psychopathologie et neuropsychologie, le Docteur Marie Stella Marehin a trouvé les mots justes pour planter le décor. S’appuyant sur le vécu de la femme enceinte au Gabon, elle a fait le constat de la situation de cette dernière, relevant qu’elle est négligée. Or au regard de son état, la femme enceinte mérite attention et encadrement, d’autant va donner la vie à un enfant.

«La consommation de consommer de l’alcool durant la grossesse a fait l’objet d’un débat, parce que c’est un problème de santé publique», a relevé le Docteur Marie Stella Marehin.

Selon la présidente de l’ONG Entraid’Dependance, les femmes gabonaises consomment de l’alcool durant la grossesse et ses membres ont fait le constat en allant sur le terrain.

«C’est important de souligner que durant la grossesse, il est interdit de consommer de l’alcool. Si l’on enfreint à la règle, cela aura des conséquences sur le fœtus», a-t-elle indiqué.

Les conséquences de l’alcool sur le fœtus: «L’alcool va entraîner des malformations chez fœtus. Ses organes, n’étant pas encore matures. L’alcool va avoir un impact sur le système nerveux central, sur le cœur, sur les reins et bien d’autres. Chez la femme, l’alcool va entraîner également des complications obstétricales. Vous avez des ruptures placentaires, avec des accouchements prématurés. Vous avez les cas de mort née et des enfants qui peuvent naître avec des microcéphalies et une faible croissance.

«Donc, c’est pourquoi il est important de pouvoir dire à ces femmes de ne pas consommer l’alcool durant la grossesse. Zéro verre. Zéro verre durant la grossesse, même pendant l’allaitement», a martelé, avec force le Docteur Marie Stella Marehin.

Pourquoi la femme ne doit pas consommer de l’alcool pendant l’allaitement? L’exposante explique que «l’alcool est une substance qui va traverser le lait maternel et que le temps d’élimination de l’alcool est de trois heures. Pour une maman qui a consommé de l’alcool à 9 heures, il faudrait attendre 12 heures, pour que l’on estime qu’il n’y ait plus d’alcool dans son sein. Si elle donne son lait à son nourrissant, vous verrez que ce lait sera alcoolisé et aura les mêmes répercussions que comme si elle l’aurait consommé durant la grossesse.»

Les précautions avant la grossesse: «Lorsque des partenaires ont un projet de conception, de mettre au monde un enfant, on demande aux deux partenaires (femme ou l’homme), de pouvoir arrêter la consommation d’alcool six mois avant de concevoir. L’alcool a également des répercussions sur les spermatozoïdes et autres. La question se pose aujourd’hui au Gabon, au regard un peu du nombre élevé des troubles du neurodéveloppement. J’entends par troubles du neurodéveloppement : autisme, troubles TDAH, avec hyperactivité ou sans hyperactivité. Vous avez les troubles liés à l’apprentissage. Donc des enfants qui ont des problèmes d’attention, de mémorisation, le handicap intellectuel. La science montre que l’alcool est la première cause principale non génétique de ces troubles-là. On se pose la question de savoir si ces troubles que l’on rencontre davantage chez nos jeunes enfants, ne seraient pas associés à la consommation d’alcool? Encore qu’il faudrait mener des recherches épidémiologiques pour pouvoir lever le doute», a-t-elle expliqué.

La présidente de l’ONG Entraid’dépendances propose que l’on mette l’accent sur la sensibilisation, afin de prévenir ces troubles chez l’enfant.

Parlant de son ONG, elle déclare qu’elle ne bénéficie pas encore d’accompagnement. «Nous avons commencé sur fond propre. Nous survivons des aides, de nos cotisants et des bienfaiteurs. Cette année, nous avons eu l’opportunité d’avoir des partenaires de taille, notamment le groupe JLC, que je tiens à le remercier. Nous irons encore au niveau du ministère de la Santé, ainsi qu’au ministère des Affaires sociales et de la famille.» 

Les situations de crise auraient-elles pour cause la consommation d’alcool ? «Derrière ces femmes qui consomment de l’alcool, il y a une forme de détresse émotionnelle. Il y a aussi des indicateurs sociaux, la précarité, les inquiétudes par rapport à l’avenir, par rapport à l’instabilité financière, la détresse émotionnelle intimement liée à la question de condition des subsistances. Comment fait-elle si elle se retrouve avec un bébé, le père ne travaille pas. Elle-même, elle ne travaille pas. La question des aides, la question des politiques publiques. C’est un ensemble de tout. Il y a des facteurs sociaux qui sont là, il y a des facteurs génétiques, des facteurs environnementaux», relève-t-elle.

Depuis combien d’années œuvrez-vous pour le bien-être de ses femmes ? Il convient de préciser que  cette ONG a débuté ses activités en 2021 par des sensibilisations contre la consommation de l’alcool chez les ados, ensuite chez les adultes.  Depuis 2024, elle met  l’accent particulièrement sur la consommation d’alcool chez les femmes enceintes. Il s’agit pour elle d’une cible ignorée. Pourtant chaque 9 septembre, il y a une célébration au niveau international sur le symptôme d’alcoolisation fœtale (SAF). 

 «Ce sont des enfants qui ont droit à une prise en charge pluridisciplinaire. Vous avez le psychologue qui va intervenir, le neuropédiatre qui va intervenir, l’orthophoniste qui doit intervenir. Le psychomotricien qui doit intervenir. Tout cela demande des coûts. Nous n’avons pas encore de Pédopsychiatres au Gabon. Nous espérons que d’ici là, nous en aurons. Au niveau de la prise en charge, c’est tout un dispositif. Mais ce dispositif-là est-il pris en charge? Oui ou non? Et pour les Gabonais économiquement faibles, qu’est-ce qu’on fait ? C’est toute la question.»

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