Par Breveta Moubona Lemagna. R
Il y a des samedis qui sentent le farniente, et puis il y a le samedi 11 juillet 2026, où plusieurs femmes gabonaises ont visiblement décidé qu’on ferait autre chose que la sieste. Dans la salle Basile Allainmat Mahiné du ministère de la Jeunesse, des Sports, du Rayonnement Culturel et des Arts, l’association Jeune Femme Ose a organisé une conférence-débat consacrée à la dignité féminine, à l’initiative de l’actrice Daphney Mboumba.
La veille déjà, elle avait lancé dans les rues de Libreville la caravane Mère, Fière et Digne pour la Nation, avant de superviser samedi le plat de résistance.
L’animation, elle, était confiée à Carolie Mboumba Dzonghan et à une autre animatrice, qui n’ont laissé aucun répit aux intervenantes.
Un débat structuré en trois temps, presque comme une enquête
Trois panels, trois actes, une seule question centrale: comment restaurer une dignité féminine trop souvent malmenée?
Le premier panel a joué les limiers en identifiant les causes: pesanteurs socioculturelles, précarité économique, et une hyper sexualisation galopante sur les réseaux sociaux, où l’on juge une femme sur une photo, rarement un homme pour la même audace. Rien de nouveau sous le soleil équatorial, diront les esprits chagrins. Sauf que cette fois, les intervenantes ont nommé les choses sans détour, ni langue de bois.
Le deuxième panel a exploré les conséquences, souvent sous-estimées: ces fragilités ne restent jamais confinées à la sphère privée d’une seule femme, elles grippent le vivre-ensemble et opposent parfois les générations entre elles.
Focus sur les intervenantes: des voix, des solutions
Le troisième panel, le plus attendu, a livré les résolutions. Gwenaëlle Simbi épouse Marat-Abyla, experte en intelligence financière, a plaidé pour une véritable culture de l’investissement féminin, encore trop timide au Gabon. Danielle Mboumba et Estelle Ondo ont réclamé qu’on cesse d’assister les femmes pour, enfin, les outiller.
La traditionaliste Maman Benga Bengoné a, de son côté, rappelé que modernité et tradition ne s’opposent pas forcément, à condition d’accepter le dialogue entre générations.
Pepecy Ogouliguende, mentor en développement personnel, a insisté sur un changement plus intime: celui du regard que chaque femme porte sur elle-même, avant même de convaincre la société.
Elisabeth Ngoua Mbina, présidente du RENAFEM-GA, a plaidé pour un maillage associatif plus solide à travers le pays, quand Ornela Tonda a défendu les bandes dessinées éducatives comme outil pour transmettre la dignité dès le plus jeune âge.
Carina Ngolet, consultante politique et médiatrice de paix, a fait le lien entre engagement politique et construction de la paix. Certaines intervenantes arboraient d’ailleurs un badge «Médiatrice de Paix», clin d’œil discret à la résolution mille trois cent vingt-cinq des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité.
Un moment suspendu, presque théâtral
Puis il y a eu cet instant où Réna Diha’inon, médiatrice de paix également engagée en politique, a défendu, sans détour, le droit de chaque femme à choisir son propre chemin, raccourcis compris, dignité intacte. Une phrase qui a jeté un froid, avant de déclencher des applaudissements nourris. Preuve que même dans une salle acquise à la cause, on peut encore surprendre son monde.
Une mobilisation qui interroge l’avenir
Comme le rappelle un adage bien connu: «Éduquer une femme, c’est éduquer toute une nation.»
Reste une question, volontairement laissée en suspens par les organisatrices elles-mêmes: ce bel élan tiendra-t-il, une fois les projecteurs éteints, ou retombera-t-il, comme tant d’autres belles causes, au fond d’un tiroir déjà bien rempli? Une chose est sûre: au Gabon, les femmes ne demandent plus la permission de poser la question!
«La dignidad no se pide, se construye.» — «La dignité ne se demande pas, elle se construit».
