Les éditeurs, les écrivains et les Libraires ont posé, au terme de la conférence de presse.
Par Annie Mapangou
À Libreville, la directrice générale des Éditions Ntsame, Sylvie Ntsame, a lancé un cri d’alarme le mercredi 7 octobre 2026. La contrefaçon, qui frappe manuels scolaires et œuvres gabonaises, menace toute une chaîne de métiers.
« Le Gabon possède des talents. Le Gabon possède des auteurs. Le Gabon possède des créateurs. Mais pour que cette richesse continue d’exister, elle doit être protégée contre toute forme d’exploitation illicite. Protéger le livre gabonais, c’est protéger ceux qui le font vivre. » Sylvie Ntsame s’exprimait lors d’une conférence de presse à la Chambre de commerce de Libreville, entourée d’Éric Joël Bekale, président de l’Union des écrivains du Gabon, de l’icône de la littérature gabonaise Justine Mintsa et de l’écrivain Janvier Nguema Mboumba, ancien ministre et ancien Proviseur de Lycées.
Un cri du cœur adressé aux autorités
La DG Sylvie Ntsame (2e droite), entourée de Justine Mintsa, d’Éric Joël Bekale et de Janvier Nguema Mboumba (à l’extrême gauche).
Pour la directrice générale, cette rencontre est un appel collectif à défendre le respect du travail intellectuel et de la propriété intellectuelle. Les participants demandent aux plus hautes autorités de :
- protéger effectivement les droits d’auteur, pour que les créateurs puissent vivre de leur travail ;
- renforcer les contrôles douaniers aux frontières et au port ;
- préserver les emplois liés au livre ;
- instaurer une véritable politique nationale du livre et de la lecture.
Selon eux, sur dix livres retrouvés dans les salles de classe, deux seulement sont originaux.
Des manuels scolaires copiés dès la fin de l’année
Pour la rentrée 2025-2026, EDIG et les Éditions Ntsame avaient été retenus pour produire des manuels contextualisés, dans le cadre d’un partenariat public-privé voulu par le chef de l’État. Les Éditions Ntsame ont produit cinq titres, à raison de 80 000 livres par titre, soient 400 000 livres.
Dès la fin de l’année scolaire, des photocopies artisanales circulaient déjà. L’éditeur a attendu la rentrée 2026-2027 pour enquêter. Les exemplaires achetés à la librairie Voltaire, dont le responsable est Jean Célestin Tiomela Ngary, ont révélé des faits frappants: « Cette fois-ci, la copie avait été faite avec des machines de dernière technologie.» Saisi par l’éditeur, le ministère de l’Éducation nationale a alerté le B2. Au terme de l’enquête, la justice a posé les scellés sur deux librairies.
Une crise silencieuse qui dure depuis des décennies
Très tôt, la maison d’édition s’est heurtée à la circulation massive d’ouvrages contrefaits. « Aujourd’hui, le constat est alarmant. Sur certains titres, une part importante des exemplaires en circulation sur le marché ne provient pas de l’éditeur officiel», a témoigné Sylvie Ntsame.
Elle dénonce une injustice : un ouvrage qui a exigé d’importants investissements humains, techniques et financiers peut être reproduit à des milliers d’exemplaires à partir d’un seul exemplaire acheté. « Ce phénomène ne menace donc pas seulement une maison d’édition ou quelques auteurs : il met en péril tout un secteur, des emplois et, plus largement, la création intellectuelle nationale », a-t-elle alerté.
Derrière chaque livre, une chaîne de métiers
Tout commence avec l’auteur, qui confie ses droits à un éditeur par contrat. L’éditeur, moteur économique de la chaîne, sélectionne le manuscrit, accompagne l’auteur, corrige, conçoit, imprime, promeut et distribue. C’est lui qui prend le risque financier de transformer un manuscrit en livre.
Autour d’eux, correcteurs, illustrateurs, graphistes, imprimeurs, transporteurs et distributeurs vivent de chaque exemplaire vendu légalement. La contrefaçon ne vole pas seulement des pages : elle vole du travail.
Le libraire, enfin, rapproche le livre du lecteur. S’il s’approvisionne auprès d’un éditeur officiel, l’auteur reçoit ses droits, l’éditeur récupère son investissement et le lecteur dispose d’un ouvrage authentique. Qu’un ouvrage soit reproduit illégalement, et toute la chaîne se rompt.
L’objectif : permettre au libraire de gagner davantage, tout en garantissant la rémunération de tous les acteurs du livre. Le message de cette conférence est clair : sauver les auteurs et les éditeurs, protéger les emplois de la chaîne du livre et encourager la créativité.
ENCADRE
Les remises consenties aux libraires
Pour un livre au prix public de 5 000 FCFA, la maison accorde les remises suivantes:
| Quantité commandée | Remise | Prix libraire |
| Jusqu’à 50 exemplaires | 25 % | 3 750 FCFA |
| À partir de 100 exemplaires | 30 % | 3 500 FCFA |
| À partir de 200 exemplaires | 35 % | 3 250 FCFA |
| À partir de 500 exemplaires | 40 % | 3 000 FCFA |
Une vue partielle de l’assistance
