Ici aux Editions Ntsame, la fondatrice met souvent beaucoup de moyens pour produire le livre.

   Par Annie Mapangou

Mercredi 7 octobre 2026, à la Chambre de commerce, la directrice générale des Éditions Ntsame, Sylvie Ntsame, a dénoncé la circulation de livres contrefaits dans les écoles et mis en cause certains enseignants. Autre piste évoquée lors de cette conférence de presse sur la lutte contre la piraterie : la création d’une « police du livre » par les écrivains eux-mêmes.

« Monsieur le président de la République, chaque livre vendu ou qui circule dans les écoles est un livre contrefait. Les auteurs gabonais périssent dans la misère parce que nous n’avons pas de politique nationale du livre, nous n’avons pas de soutien, nous n’avons aucune reconnaissance de notre travail. Et c’est pour cela qu’on nous dépossède aujourd’hui du seul droit inaliénable qui est le droit de la propriété intellectuelle. » C’est par ces mots que Sylvie Ntsame a interpellé le chef de l’État.

Des enseignants dans le viseur

Parmi les faussaires, la directrice générale a désigné certains enseignants. « C’est aussi l’occasion de dénoncer cette manière de faire où certains enseignants sont impliqués. Ils prennent le livre, ils le scannent en PDF et le font circuler. Nous allons aussi porter plainte contre ces enseignants qui s’amusent à trafiquer le travail des autres, à le saboter, à le rendre nul. Parce que lorsque vous mettez déjà un PDF en numérique, n’importe qui peut le prendre. Donc, vous tuez l’effort de toute une chaîne de travail. »

Elle s’inquiète de l’ampleur du phénomène : si la classe de sixième est déjà concernée par les contrefaçons, qu’en sera-t-il de la cinquième ?

Une politique nationale du livre réclamée

« Pour nous, les auteurs, nous perdons notre droit de propriété intellectuelle. Nous sommes désabusés et nous ne saurions nous arrêter là », a-t-elle expliqué, en annonçant que les auteurs allaient saisir toutes les administrations et en appeler au président de la République. « Il est hors de question qu’un pays comme le Gabon n’ait pas de politique nationale du livre. »

Elle voit dans ce vide la porte ouverte aux dérives : « C’est à cause de cela que des individus de mauvaise moralité se lancent dans la librairie, parce que la librairie, pour eux, au Gabon, est un appât du gain. »

Au Sénégal, selon elle, les associations d’éditeurs et d’écrivains sont subventionnées jusqu’à un milliard de francs. « Nous, nous cotisons pour organiser une activité », a-t-elle ajouté.

Aux libraires : ne pas briser la chaîne

Sylvie Ntsame a aussi formulé un souhait : « Nous voulons qu’il y ait des éditeurs et des libraires consciencieux, qui s’engagent à protéger le livre en respectant tous les maillons du livre. » Aux libraires, elle lance : « Vous ne pouvez pas continuer à briser la chaîne, parce que c’est une violation. » Leur rôle, rappelle-t-elle, n’est pas de façonner le livre à leur manière : ils l’achètent et le revendent en l’état, puisque le prix est fixé par l’éditeur en fonction de ce qu’il a dépensé.

Une police du livre, créée par les écrivains

Pour sa part, le président du syndicat a insisté sur la nécessité de connaître les circuits d’acheminement des livres. Selon lui, des véhicules chargés de bananes ou de tomates dissimulent ces faux ouvrages dans leur cargaison. « Il nous faut une police du livre qui sera créée par les écrivains eux-mêmes… Nous pensons seulement que les livres viennent de Chine, mais ils les fabriquent au Gabon, ils fabriquent les livres à la gare routière. Il est temps d’agir parce que nous sommes chez nous. »

Écrivains et syndicats doivent, selon lui, s’asseoir autour d’une même table pour la mettre en place, avec une chaîne de distribution et une maison de distribution dans chaque province, afin de faciliter la traque des faussaires.

La chaîne du livre, en bref

Pour mémoire, un auteur n’est pas un commercial du livre : son travail est d’écrire. Il cède ensuite son manuscrit à un éditeur, qui investit son argent dans l’ouvrage. Vient alors le distributeur, puis les librairies : un éditeur ne pouvant pas disposer de 50 000 points de vente sur le territoire, le livre ne passe pas directement de l’éditeur au libraire.

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