Les éditeurs et les écrivains main dans la mains pour stopper la piraterie de leurs oeuvres.
Par Annie Mapangou
Vingt-deux jours après la fermeture des magasins Voltaire et Voltaire+, la justice est revenue y chercher la preuve. Mardi 13 octobre 2026, le troisième cabinet d’instruction du Tribunal de première instance de Libreville y a saisi 81 ouvrages soupçonnés d’être contrefaits.
Une saisie sous le regard de la profession
L’opération s’est déroulée sur le terrain, dans le cadre de la prolongation de l’enquête. Des procureurs adjoints et des magistrats du parquet y assistaient, aux côtés d’éditeurs, d’écrivains et du président de l’Union des écrivains du Gabon (UDEG).
Elle fait suite à la fermeture des deux enseignes, ordonnée le 21 septembre 2026 par le juge d’instruction pour obtenir la preuve matérielle de la présence d’ouvrages contrefaits. C’est désormais à ce magistrat de décider des suites de l’affaire.
Les manuels scolaires dans le viseur
Les Éditions Nathan, EDIG et Ntsame ont investi dans les manuels scolaires pour accompagner la politique du Chef de l’État. La collection Concorde, qui remplace les anciens livres en usage au Gabon, est aujourd’hui piratée.
Sylvie Ntsame, directrice des Éditions Ntsame, ne cache pas son amertume: «Nous avons fait venir 400 000 livres pour soutenir la politique du gouvernement. Nous n’en avons même pas vendu la moitié. À la Gare-routière, des libraires se substituent à toute la chaîne du livre: ils prennent un exemplaire, le photocopient, et coupent ainsi toute la chaîne.»
Dans les écoles, le constat est tout aussi alarmant. «Nous ne vivons plus de notre travail, regrette Janvier Nguema Mboumba, ancien ministre délégué à l’Éducation nationale et proviseur de lycée. «Écrire un livre, c’est apporter la connaissance, c’est faire voyager un enfant. Sur dix livres dans les écoles, il n’y en a que deux de vrais.»
Un patrimoine « kidnappé »
Pour Justine Mintsa, figure de la littérature gabonaise, les enjeux dépassent le simple manque à gagner: «Les producteurs de ces livres ne peuvent plus vivre de leur travail. Et les livres piratés sont une insulte à l’art gabonais : grammage, couleur, pagination, rien n’est respecté. C’est un patrimoine national qui a été kidnappé. Ce n’est plus un problème d’écrivain, mais de souveraineté nationale. »
Éric Joël Bekale, président de l’UDEG, parle de survie: celle d’une industrie culturelle, mais aussi celle des écrivains. «La copie illégale vendue par terre à la Gare-routière met en péril la vraie industrie, celle de l’édition, qui suppose des investissements et du personnel. Les auteurs, eux, touchent moins de droits. Être écrivain, c’est un métier, comme boulanger ou député.»
Les écrivains réclament un office anti-piraterie
L’écrivain Marc Kaba demande au gouvernement de créer, sur le modèle de l’Office central de lutte antidrogue, un office central de lutte contre la piraterie des œuvres littéraires, en renfort des dispositions du code civil gabonais.
Selon lui, un tel organe permettrait au procureur de la République d’ordonner des descentes inopinées et des contrôles pour y voir clair. «Nous sommes lésés dans notre droit de vivre de nos talents», insiste-t-il.
Écrivains et éditeurs évoquent aussi un conteneur de la collection Concorde, ainsi que d’autres ouvrages. Selon eux, tous les livres d’auteurs gabonais seraient contrefaits à la Gare-routière.
Pour rappel
Les magasins Voltaire et Voltaire+ sont scellés depuis le 21 septembre 2026. Le 7 octobre, les acteurs de la chaîne du livre avaient tenu une conférence de presse à la Chambre de commerce de Libreville.
Quelques exemplaires de livres contrefaits saisis.
