Une photo de famille pour boucler ces assises sur le foncier au Gabon.
Par Annie Mapangou
Réunis les 29 et 30 octobre 2026 à l’hôtel Hibiscus de Louis, des représentants d’organisations de la société civile (OSC) et d’institutions publiques ont planché sur la sécurité foncière. De ces deux jours de travaux est né un document de plaidoyer pour une gouvernance foncière inclusive et apaisée.
Organisé par la Coalition Tournons la page (TLP) avec le financement de l’Union européenne, l’atelier portait sur le thème : « Renforcement des capacités des OSC sur le plaidoyer et le suivi des recommandations en matière de sécurité foncière au Gabon et dialogue avec les institutions publiques ». Il s’inscrit dans le projet « Gouvernance démocratique et inclusive au Gabon : impulser le dialogue et la participation citoyenne ».
À l’issue des échanges, les participants ont élaboré un plaidoyer pour une meilleure sécurisation foncière et une protection effective des droits des populations.
Cinq raisons d’agir
La secrétaire générale de TLP, Alna Bandenza Bimbounza, a exposé les motifs de ce plaidoyer :
-une urbanisation croissante et des projets d’aménagement, notamment dans le Grand Libreville ;
-des déguerpissements et des expropriations qui suscitent des inquiétudes ;
-des conflits fonciers persistants et des difficultés de régularisation ;
-une coexistence parfois complexe entre droits coutumiers et procédures administratives ;
-un besoin de transparence, d’information et de dialogue.
Des obstacles bien identifiés
Les participants ont relevé six défis majeurs : l’insuffisance d’information sur les procédures foncières, la difficulté d’accéder aux documents et aux données, les transactions irrégulières et les risques de ventes frauduleuses, les lenteurs administratives et judiciaires, la prise en compte insuffisante des droits coutumiers et la vulnérabilité des populations touchées par les déguerpissements.
Au fond, les conflits naissent le plus souvent de la coexistence entre les pratiques coutumières d’accès à la terre et les mécanismes formels de reconnaissance de la propriété.
Six recommandations générales, huit axes spécifiques
Les recommandations se répartissent en deux volets. Le volet général en compte six :
-renforcer la transparence des opérations foncières ;
-garantir des procédures respectueuses des droits ;
-améliorer la prise en compte des pertes et préjudices ;
-renforcer l’accès aux recours et à l’information juridique ;
-instituer un dialogue régulier entre institutions et société civile ;
-renforcer la documentation et le suivi citoyen.
Les trois premières sont les priorités pour une meilleure gouvernance foncière.
Le volet spécifique s’organise en huit axes, regroupés par deux :
-axes 1 et 2 : réformer et sécuriser le régime foncier ;
-axes 3 et 4 : faciliter l’accès à l’information et à la régularisation ;
-axes 5 et 6 : renforcer la justice et protéger les populations ;
-axes 7 et 8 : promouvoir la participation et la responsabilité.
Les destinataires et les résultats attendus
Le plaidoyer s’adresse aux ministères du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, des Travaux publics et de la Construction, et de la Justice, Garde des Sceaux, chargé des Droits humains. Il vise aussi les administrations du cadastre, de la propriété et de la conservation foncières, celles de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire, les autorités déconcentrées et les collectivités locales, les parlementaires dans leurs compétences législatives et de contrôle, ainsi que les acteurs des droits humains et de l’accès à la justice.
Les organisateurs en attendent des engagements concrets, un meilleur accès des citoyens à l’information foncière, des procédures plus transparentes et accessibles, une meilleure prise en compte des droits coutumiers, une régularisation plus inclusive sur l’ensemble du territoire, une meilleure protection des populations vulnérables et un dialogue institutionnel et citoyen renforcé.
Les participants au cours des débats.
