Par Annie Mapangou

Quatre analystes politiques gabonais ont signé mardi 11 août une déclaration citoyenne dénonçant la dégradation du débat public, particulièrement sur les réseaux sociaux. Réunis à l’immeuble du Pétrole à Batterie IV, ils appellent à restaurer l’intégrité institutionnelle face aux attaques répétées contre les valeurs sociales gabonaises.

L’alerte des experts

Arnaud Lilial Billie, politologue et écrivain, a dressé un tableau glaçant : « Les réseaux sociaux sont devenus le terrain de chasse d’une poignée d’individus qui se présentent en lanceurs d’alerte mais agissent en maîtres-chanteurs. Ils transforment l’insulte en fonds de commerce et la provocation en identité. »

Accompagné de Cyr Pavlov Moussavou (sociologue politique), Bénédicte Ngui (analyste politique) et Michel Ndong Esso (philosophe), Lilial Billie a précisé que cette démarche n’est pas un soutien au président de la République, mais une défense de l’institution elle-même.

Cyr Pavlov l’a confirmé : « Il s’agit de défendre d’abord l’institution et la République, au plus haut niveau. »

Un appel à la responsabilité collective

Les analystes rappellent une leçon d’Ernest Renan : le vivre-ensemble est « un plébiscite de tous les jours », qui exige une responsabilité individuelle et collective. Message particulièrement résonnant alors que le Gabon s’apprête à célébrer le 17 août.

Lilial Billie réaffirme : « Enfants de la République, opposons à la tyrannie de l’injure la dialectique de la construction pacifique de notre nation. Soyons les relais contemporains d’une socialisation intelligente et harmonieuse. »

Vers une application du droit

Les analystes interpellent le système judiciaire. Citant Montesquieu –  « être libre, c’est faire tout ce que les lois permettent »  –  ils questionnent : « Nos lois permettent-elles l’injure publique ? Où est la vigueur de la réglementation pour corriger ce banditisme moral institutionnel ? »

Rétablir l’ordre institutionnel

Bénédicte Ngui définit ce rétablissement comme un processus d’apprentissage : « Il s’agit d’enseigner comment se comporter envers les institutions. Dans un État de droit, chacun peut critiquer la mauvaise gouvernance et proposer des solutions. Mais la critique doit être constructive : éradiquer le chômage, par exemple, plutôt que de simplement dénigrer. »

Un enjeu fondamental

Cette déclaration intervient dans un contexte où le débat public gabonais s’érode. Les quatre analystes estiment que préserver la cohésion nationale impose de distinguer entre critique légitime et invective systématique, entre activisme authentique et extorsion morale.

Leur message : le Gabon peut rester un espace de débat robuste, mais seulement si ses citoyens acceptent collectivement de défendre les institutions et les valeurs communes du vivre-ensemble.

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