Une photo de famille pour immortaliser cette rencontre mémorable.
Par Annie Mapangou
Le Réseau Gabonais des Psychologues du Travail et des Organisations (RGPTO), le Centre de Recherches et d’Études en Psychologie (CREP) ont organisé, ce mercredi 29 avril 2026, un Séminaire d’Études, sous le thème : « La Passion au travail et les Addictions en milieu organisationnel gabonais : Symptomatologie, Outils d’évaluation et Enjeux », à la Bibliothèque Universitaire, en présence des invités issus de diverses institutions.
Ce thème a conduit les participants de ce séminaire à reconsidérer d’une part, le rôle de responsable d’organisations, quant aux pratiques managériales qui se doivent d’être continuellement adaptées au mieux et, d’autre part, les sources motivationnelles de la pratique de l’activité professionnelle du salarié.
À cet effet, « La passion envers le travail vs addiction au lieu du travail chez le salarié gabonais » est une des communications ayant permis de mieux le comprendre. Celle-ci avait pour but, d’édifier les managers, les responsables des ressources humaines ainsi que les professionnels sur les différentes formes de passions qui peuvent être vécues dans l’activité ; la différence entre passion envers le travail et l’addiction au travail ; leurs symptômes et les modes de régulation-prévention, afin de les informer puis de leur présenter les possibilités préventives, garantissant la performance et le bien-être du salarié.
Le Doctorant en Psychologie du Travail et des Organisations, Herland-G Moussavou-Moussavou nous explique : « D’abord, il faudrait apprécier le fait qu’aujourd’hui plus que par le passé, les questions en lien avec l’engagement, la performance, surtout avec le bien-être du salarié, restent source de défis en milieu organisationnel. De toutes les réponses déjà apportées aux questions posées dans ce sens, il semble que la » réponse adéquate » à ces questions demeure absente. Car bien qu’il ait déjà des apports en lien avec ces questionnements, il apparaît, semble-t-il, que c’est cette » réponse adéquate » qui permettrait non seulement aux dirigeants organisationnels mais aussi aux différents acteurs, de se retrouver dans des environnements de travail où il est à la fois agréable d’y être mais aussi, de pratiquer son activité ou son métier avec beaucoup d’enthousiasme. Non pas seulement aujourd’hui, non pas seulement une fois, mais dans la continuité. »
Poursuivant son propos, il a déclaré : « Bien qu’on puisse dire que de manière innée, tout individu naît avec une forme de passion prédéfinie, cela n’est pas toujours une garantie de son expression, ni d’une expérience idéale au cours du processus de vie ». D’où, l’impératif de présenter ce qu’est la passion envers le travail, en plus de mettre avant la nécessité qu’elle doit désormais occuper une place certaine au sein du milieu organisationnel gabonais, et encore plus, être trouvée à la source même du vécu professionnel. »
Pourquoi ? « Parce qu’au travail, le passionné, surtout celui harmonieux, en réalité, ne travaille pas, il ne fait que s’accomplir. Pour lui, le travail, ça n’est plus une expérience (chose) contraignante, mais plutôt, exclusivement une partie de plaisir. C’est plus une expérience qui reste tout le temps positive pour lui. D’où la nécessité de la passion envers le travail désormais. »
Le Doctorant a par ailleurs indiqué qu’il est bon de connaître ce qu’une addiction au travail est. Et c’est également une bonne chose de connaître aujourd’hui ce qu’un passionné au travail est ou doit être. Il ne doit pas simplement être un passionné non, mais comprendre ce qu’il doit être. Car au travail comme dans la vie, on est soit un passionné obsessif (parce que je peux être mal passionné), soit, un bon passionné (un passionné harmonieux).
Les outils d’évaluation qui ont été mis en avant l’on été afin de se tenir, non seulement comme des propositions de solutions concrètes, mais aussi, pour montrer en quoi de manière pratique, on peut être des solutions au milieu organisationnel gabonais. Là où le besoin est et/ou pourrait être pour les acteurs professionnels, d’une part, et pour les tenants d’organisation d’autre part.
Le Capitaine de Police Jean Joannes Muandat, l’un des participants nous donne son avis quant à la tenue de ce séminaire d’études : « Nous remercions notre hiérarchie qui a bien voulu nous désigner pour prendre part à cette rencontre. Il faut dire qu’en ce qui concerne les Forces de Défense et de Sécurité, la charge du travail est mine de rien, dense. Ce qui fait que la prise de conscience à travers ce séminaire, des risques liés à cela nous est précieuse et bénéfique pour la suite. Nous repartons avec une idée mesurée de la dimension sanitaire de la charge du travail, nous rendant ainsi, un judicieux service. Les connaissances acquises au cours de cette séance sauront redynamiser nos services et la qualité de notre travail dans la suite. »
Est-ce qu’on peut considérer que ce séminaire apporte un plus selon vous dans la réorganisation ou l’organisation déjà mise en place dans vos services ?
Le Capitaine de Police a déclaré : « Oui, il faut déjà dire que nous sommes à l’ère de la cinquième République. Le président de la République a embrayé avec la reconstruction du pays, la modernisation du service et par lui, le Commandant-chef des Forces de Police Nationale a lancé le plan stratégique des Forces de Défense et de Sécurité. Aujourd’hui, acquérir ces savoirs, va en étroite collaboration avec les nouvelles ambitions de notre hiérarchie. Il va simplement être question de nous aider à redynamiser pour mieux accomplir nos charges dans la nouvelle ambiance républicaine. »
Le Professeur associé et Maître de conférences du Conseil Africain Franco-Arabe pour les grades (CAFAG) en Psychologie du Travail et des Organisations, Enseignant-Chercheur à l’Université Omar Bongo (UOB), Tessa Moundjiegout a donné quelques explications par rapport à ce thème : « Alors, dans la thématique qui a été abordée aujourd’hui, on peut retenir que lorsqu’on parle de salarié ou d’agent passionné, c’est quelqu’un qui adopterait une forme d’épanouissement au travail, lorsque cet épanouissement n’est pas compulsif. Nous parlons de compulsion, lorsque nous faisons référence à cette variante de la passion qui est obsessionnelle. Parce que la passion envers le travail a deux dimensions. Vous avez donc la passion harmonieuse, traduisant ce que « j’aime faire » et, ce que je fais dans mon travail. Mais, lorsque ce que je dépasse les limites de cette dimension harmonieuse de la passion, j’arrive à l’abus de celle-ci. Dès lors, je tombe dans ce qu’on appelle la passion obsessionnelle. Et c’est cette passion obsessionnelle qui vous fait glisser dans ce que nous, les Psychologues du Travail et des Organisations, appelons la souffrance en milieu organisationnel
« Quand on parle d’addiction au travail, dont le workaholism, nous faisons référence à cette manie d’aimer son travail plus que d’autres sphères de vie. Le workaholic est quelqu’un qui va se couper de son cercle familial, son cercle d’amis, voilà… qui va se couper de ses loisirs, ne va consacrer sa vie qu’à son travail. Or, quelqu’un d’équilibré, sait qu’il y a un temps pour travailler et il y a un temps pour sa famille, ses amis et pour ses loisirs. Chose étonnante d’ailleurs, le workaholic, lorsqu’il est plongé dans cette spirale, ne voit pas cette souffrance. » A-t-il indiqué.
Retenons que ce séminaire avait pour approche un questionnement en lien avec le vécu passionnel au travail dans le temps et les addictions qui peuvent se développer plus tard. À la question de savoir : Y a-t-il vraiment un continuum entre la passion que l’on peut avoir, en début de carrière et l’addiction que l’on pourrait développer plus tard ? À cet effet, le Pr Tessa Moundjiegout dans son mot de clôture a annoncé le thème qui sera débattu en 2027 : « Les Poisons Silencieux du Travail Moderne. »
