Par Richard Nguema Ondo

Malgré l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs gouvernementaux, le panier de la ménagère ne s’allège que très peu dans le «Grand-Nord». Entre la colère des consommateurs et les contraintes logistiques des opérateurs économiques, la Direction provinciale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DPCCRF) se retrouve dans une position délicate. Une baisse jugée «insignifiante» par les populations: Annoncée avec emphase par le gouvernement gabonais il y a quelques mois, la nouvelle mercuriale — visant à plafonner les prix des produits de première nécessité — est désormais effective sur l’ensemble des marchés de la province du Woleu-Ntem.

Cependant, l’enthousiasme initial a rapidement fait place à l’amertume. Pour le consommateur local, le constat est sans appel: la réduction des prix est jugée dérisoire, voire imperceptible.

Cette situation a cristallisé une vague de mécontentement dirigée vers les autorités de régulation.

La DPCCRF, en première ligne, subit la foudre de citoyens qui s’estimaient en droit d’attendre un impact réel sur leur pouvoir d’achat. Face à cette pression sociale, les responsables locaux de la répression des fraudes se retrouvent dans un «inconfort» manifeste, piégés entre les directives de Libreville et la réalité du terrain.

L’équation impossible : Le coût du transport et les taxes intermédiaires

Mais pourquoi la baisse des prix peine-t-elle à se concrétiser dans le septentrion? Si la Direction provinciale de la DPCCRF observe un mutisme prudent — adoptant la «politique de la carpe», selon certaines sources — les raisons structurelles sont bien connues des initiés.

Le régulateur doit en effet jouer aux équilibristes. Les prix sont fixés à Libreville, mais leur transposition directe au marché d’Oyem ou de Bitam est économiquement intenable pour les commerçants. En cause:

– Les frais de transport élevés pour acheminer les marchandises depuis la capitale.

-Les charges logistiques et les commissions diverses.

-La multiplication des postes de contrôle : de la police à la gendarmerie, en passant par les services phytosanitaires, l’agriculture, les douanes et les collectivités locales.

Chaque étape de ce transit renchérit le coût final du produit. En tentant d’arracher des «miettes» de réduction aux opérateurs économiques, la DPCCRF ne parvient qu’à des résultats marginaux, invisibles pour le portefeuille du contribuable.

Le spectre de la pénurie

Forcer les commerçants à s’aligner strictement sur les prix de la capitale présenterait un risque majeur : la rupture de stock.

Des sources proches du dossier affirment que si la pression devient trop forte, les opérateurs économiques pourraient simplement rayer les produits non rentables de leurs listes d’approvisionnement. Un alignement forcé conduirait inévitablement à une pénurie, aggravant ainsi la précarité des populations.

Un appel à la réforme des mécanismes républicains

Malgré ce tableau contrasté, une partie de consommateurs, plus avertis, salue les efforts consentis par le régulateur local et reconnaît la volonté politique des plus hautes autorités du pays de lutter contre la vie chère.

Toutefois, le sentiment général demeure celui d’une réforme inaboutie. Pour que la mercuriale porte ses fruits dans le Woleu-Ntem, les institutions républicaines devront impérativement s’attaquer aux coûts intermédiaires et à la fluidité du transport des marchandises. Le combat pour le pouvoir d’achat, semble-t-il, ne se gagnera pas uniquement par décret, mais par une réforme en profondeur de la chaîne de distribution nationale.

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